30 septembre 2014

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Le puits de la perversion par Michel Vigneron

Le puits de la perversion par Michel Vigneron

Ecrire le Puits de la perversion n’a pas été une partie de plaisir, mais cela m’a fait du bien.
C’était comme m’enlever un hameçon de la lèvre : je savais que l’expérience se ferait dans la douleur, mais qu’elle ne serait rien en comparaison du soulagement à venir.
Le Puits, c’est trois destins qui finissent par se télescoper.
Il y a le flic, limite antipathique, qui préfère la loi du Talion à celle des magistrats.
Puis la fille, dont on ne connaît pas le prénom ; tout juste a t-on de vagues éléments physiques. Elle incarne toutes les victimes d’inceste que j’ai pu croiser. C’est une écorchée de l’âme, morte avant d’être morte.
Puis Jean, un type banal, Monsieur tout le monde, un monstre ordinaire qui ne vit que pour assouvir ses appétits sexuels par le viol, les rapports extrêmes, la décomposition des chairs. Son ultime fantasme ? Torturer et tuer un gosse. Rien que ça. Il finira par rencontrer le père de l’adolescente, la dernière pièce de la machinerie qui l’aidera à accomplir le pire.
Mon objectif, avec le Puits, était d’apporter trois regards différents sur les perversions sexuelles : celui de la victime, du pervers, de l’enquêteur.
Et pour être au plus proche de la réalité, pour faire exister mes personnages, donner le sentiment qu’ils existent bel et bien, il m’aura fallu me gaver de procédures, d’auditions, de rapports d’experts afin de livrer les portraits les plus justes possible.
Les scènes oniriques, les hallucinations et l’expérience de mort imminente, quant à elles, devaient renforcer le sentiment de cauchemar éveillé du roman, donner une forme « d’irréalité » pouvant correspondre au déni général face à la monstruosité banal. N’avez-vous jamais entendu ce genre de phrase ? « Non, ce n’est pas possible ; des choses pareilles ne peuvent pas arriver. Il faut être un monstre pour faire ça ».
Avec ce roman, je veux montrer que les monstres n’existent pas. Seul l’humain existe, c’est-à-dire votre voisin, vous, moi. Et ce qui dérange peut-être, dans « Le puits de la perversion », c’est cette vérité sans concession : nous sommes capables du meilleur, comme du pire.
J’ai bien écrit : NOUS.
Voilà, j’ai enlevé cet hameçon de ma bouche. Je suis content. Je n’ai plus mal.
Mais reste la cicatrice, celle que je ne veux pas oublier, celle qui me rappelle que la guerre contre les violeurs, les maris violents, les déviants continue.
Elle ne me fait pas souffrir, elle est supportable, mais elle me démange toujours un peu.
Et c’est là l’essentiel, non ?

Un commentaire

  1. Michel Vigneron est un auteur rare. De ceux qui ont une démarche d’écriture, qui s’y tiennent et qui refusent le compromis. C’est un auteur intègre, sa prose est fidèle au but qu’il s’est fixé.
    On aime, on déteste, on est gêné, emballé, dégoûté, bluffé… Peu importe ce que l’on ressent à la lecture de Michel Vigneron. Au moins, on ressent obligatoirement quelque chose.
    Et ça, c’est hélas de plus en plus rare.

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