26 octobre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le réseau Flandres par Philippe Declerck

Le réseau Flandres par Philippe Declerck

Après l’écorcheur des Flandres, je voulais, sans prétention, mettre la barre plus haut, tant au niveau de l’intrigue que de l’écriture. Je voulais que le lecteur soit happé par l’histoire, qu’elle l’interpelle. J’ai hésité entre plusieurs thèmes et je suis parti d’une idée tordue : mon flic devait enquêter sur un suicide qui n’en est pas un malgré l’évidence des preuves accumulées : la victime serre encore l’arme avec laquelle elle s’est tuée, elle a laissé un mot d’explication, des résidus de poudre sont prélevés sur sa main, les traces de brûlure au niveau de la plaie indiquent le geste volontaire. Bref, on a affaire à un suicide.
Paradoxalement, l’explication de ce suicide qui n’en est pas un tout en l’étant (!!) s’est imposée assez vite. Elle me permettait même de maintenir le suspens jusqu’à la dernière ligne du roman. Je tenais, dans les grandes lignes, le début et le dénouement, de l’histoire. Il ne restait plus qu’à bâtir le corps de l’intrigue. Une première question s’est imposée : pourquoi un flic qui a surmonté nombre d’épreuves décide-t-il un jour d’en finir ? Je voulais éviter les explications du genre dépressif, lassitude du métier. Les questions se sont multipliées, chaque réponse entraînant de nouvelles questions.
Comme vous l’avez compris, j’ai conservé mon duo de flics, à la différence que l’un d’eux est la victime du suicide. Malgré sa mort, son ombre plane tout au long du roman. Son ami et collègue, Olivier Béjot, ne peut se résoudre à l’évidence et décide de reprendre le dernier dossier sur lequel travaillait Dantès et qui expliquerait son geste fatal. Cela va l’amener à mettre à jour un réseau pédophile.
S’est donc présentée une difficulté majeure : il ne fallait pas tomber dans le sordide, le voyeurisme malsain, la facilité. Le thème de la pédophilie est suffisamment glauque pour ne pas sombrer dans ce type d’écueil. Il m’a fallu travailler tout en nuances, suggérer plutôt que montrer. J’ai donc raturé, corrigé, réécrit certains passages avant d’être satisfait du résultat. Je souhaitais créer une ambiance particulière, lourde, en accord avec le thème central. Cela m’a obligé à me mettre à la place de chacun des personnages, à tenter d’imaginer leurs pensées, leurs motivations. C’est un véritable exercice de style qui peut s’avérer perturbant, notamment quand on doit s’immiscer dans la psyché d’un tueur.
Au fur et à mesure du processus d’écriture, je me suis donc attaché à mes personnages, à leur destin. Pour moi, ils étaient devenus réels. Je pensais pourtant avoir tout prévu. Dans le travail préparatoire de ce roman, j’ai pris le temps de rédiger leur biographie fictive. J’ai inventé leur vie depuis leur naissance. Cela me permet de donner de l’épaisseur aux personnages, de les rendre crédibles. Je voulais que le lecteur puisse s’identifier à eux, se sentir impliqué par leur histoire. En même temps, cela m’apporte une sécurité. Tout est balisé. Je sais où je vais. Du moins, je le croyais car, en définitive, ce sont mes personnages qui ont influé sur l’histoire, sur moi. C’est une sensation particulière, étrange. Peut être est-ce dû au terme abordé : cette plongée dans ce que l’humanité a de plus sombre ne pouvait être sans conséquences sur ces hommes et ces femmes et, par conséquent, sur leur « créateur ». C’est un des plaisirs majeurs de l’écriture : un être inventé de toute pièce, dans votre tête, échappe à votre contrôle pour acquérir une existence propre.
Cette proximité avec mes personnages m’a aussi permis d’apporter une note d’optimisme, de contrebalancer la noirceur de ce trafic humain. Mais cela n’est pas sans risque. Ainsi, Olivier Béjot va découvrir la face cachée de son ami, ce qui l’amènera à le soupçonner d’être impliqué dans ce réseau pédophile.
J’ai mis plus d’un an pour parvenir à bout de cette histoire éprouvante, sans compter le travail préparatoire en amont. Le manque de temps, les contraintes professionnelles, les obligations en tout genre expliquent cette lente maturation mais j’avais surtout beaucoup de mal à quitter ces êtres abîmés par la vie, si proches de nous.

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