23 juillet 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le valet de coeur par Paul Colize

Le valet de coeur par Paul Colize

Je suis fainéant et apathique.
De plus, je manque singulièrement d’imagination.
Je sais, je ne devrais pas avouer de telles choses en ces lieux, mais j’ai promis à Fabien de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Et la vérité est que je suis un besogneux, un tâcheron, un prolétaire de l’écriture, à mille lieues de l’image de dilettante aux allures de dandy que je tente désespérément d’endosser. Chaque phrase, chaque mot, chaque lettre que j’allonge est une douloureuse épreuve dont je sors épuisé.
En revanche, je suis opportuniste, roublard et manipulateur.
Ceci compense cela.
L’intrigue contenue dans le Valet de Cœur prend naissance au milieu du mois d’octobre et se termine quinze mois plus tard, aux premiers jours de janvier. Soit une durée mathématique de quatre cent quarante-trois jours, deux heures et six minutes. J’ai commencé à écrire ce roman à la mi-octobre et l’ai terminé quatre cent quarante-trois jours, deux heures et six minutes plus tard, au sortir du réveillon du nouvel an, en pilotage automatique.
Initialement, j’envisageais un thriller haletant dont l’action s’étalait sur une quinzaine de jours.
Mais voilà.
Non content de laisser ma paresse atavique dicter le rythme de l’histoire, je me suis borné à décrire les lieux dans lesquels je déambulais, aux jours où je m’y trouvais, n’hésitant pas à laisser ceux-ci me suggérer l’une ou l’autre anecdote. Pareil pour les personnages. Je me suis limité à dépeindre ceux qui croisaient ma route. Du garçon de café alcoolique à la bourgeoise accro à l’humanitaire de salon, en passant par le chanteur à textes et la rousse nymphomane, j’ai fait feu de tout bois pour peupler ma prose.
Par chance, cette année-là, j’ai été amené à voyager plus que de raison.
J’ai profité d’une visite à un cousin éloigné qui occupait un appartement à Bruxelles pour y assassiner mon père. Lors d’un bref passage à Strasbourg, j’ai criblé de balles un innocent libraire et pris en otage le traiteur attenant pour en faire un témoin-clé. Un séjour professionnel à Dakar m’a permis d’organiser une partouze colorée au Méridien. J’ai revu l’un de mes vieux potes au Havre et transformé son père en ingénieur des Ponts et Chaussées. Un aller-retour à Paris m’a donné l’occasion de me faire rectifier le portrait, et de quelle façon. Un séminaire soporifique au Sofitel Airport m’a inspiré la scène torride du canapé. J’ai profité de mes vacances à Serre-Chevalier pour y importer l’intrigue et ne rien en faire. C’est en me rendant à la fin août à Bled, en Slovénie, pour assister au mariage du fils de la concubine de l’oncle de ma femme, que m’est venue l’idée saugrenue d’organiser une poursuite sur le lac, non sans avoir au préalable suicidé un haut gradé de l’OTAN dans un hangar à bateaux.
Par respect, je ne vous parlerai pas de mes amis vénézuéliens qui m’ont guidé dans les ruelles de Caracas ou dans la jungle de Maracaïbo, c’est sans conteste eux qui ont abattu la plus grande part du boulot, je me suis contenté de transcrire leur témoignage.
Sans compter cette visite sporadique au Macdonald qui m’a conduit à concevoir une utilisation peu conventionnelle de la bouteille de Coca Cola de vingt-cinq centilitres. Je suis même parvenu à exploiter la composition machiavélique des hamburgers pour meubler un chapitre rachitique.
J’ai honte.

5 commentaires

  1. Présentation absolument délicieuse qui révèle déjà le côté Marlowe de l’auteur (si, si, le cynisme est là, bien caché derrière les mots) et donne sacrément envie de le lire!

  2. aaahhh ! Enfin ce saligaud avoue la vraie vérité ! S’il le dit, croyez moi, c’est que c’est bien pire. Roublard et manipulateur ! Un peu mes neveux !!! Il essaie de nous faire croire au faux lymphatique. C’est un bourreau de travail, un hyper actif, un obsédé du champ de bataille (là, c’est private joke entre lui et moi…) Un écrivain quoi… de quoi faire rêver les donzelles… et les gars aussi qui croiraient presque que tout est aussi facile que le raconte le Colize ! On ne se méfie jamais assez de l’eau qui fait semblant de dormir !! -proverbe belgisé-

  3. Je n’ai pas lu la présentation de Paul Colize (peut-être un jour…), par contre tous ses livres oui. En dehors de Mankell, Vargas, Dard et Thirion, je ne peux en dire autant d’aucun auteur.

  4. Paul Colize est la révélation polar de l’année et des années à venir.

  5. Il suffit de lire cette auto-présentation pour comprendre une chose : Lire Paul Colize est une expérience passionnante. Il sait prendre soin de son lecteur : intrique palpitante, style épuré, incisif, comme on dit, et humour corrosif, comme on dit encore…
    Lorsque vous commencez un de ses livres, ne prévoyez rien d’autre… ça vous prend à la gorge (déployée parfois) et ça vous laisse ravi et comblé (comme une jolie rousse.)

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