1 octobre 2014

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De sinistre mémoire par Jacques Saussey

De sinistre mémoire par Jacques Saussey

De sinistre mémoire est mon premier roman édité, aux Nouveaux Auteurs, mais le second chronologiquement, après « La mante sauvage », dont j’espère la publication en 2011.
L’intrigue est née du croisement entre une nouvelle que j’avais écrite au cours des années 1990, et une compilation des souvenirs de guerre de mon beau-père, à Hennebont, Morbihan, dont les frasques d’enfance lui ont permis de survivre au milieu de l’horreur de l’Occupation allemande.
Il manquait à la nouvelle un corps solide sur lequel appuyer mon récit, et aux souvenirs de guerre un lien vers l’époque contemporaine, à laquelle je souhaitais rattacher l’Histoire.
J’ai eu le déclic en mettant en forme le squelette du roman, assis sur un rocher, face à l’océan qui venait lécher le rivage de la presqu’île de Gâvres, où je m’étais rendu en reconnaissance pour plonger dans les archives des années 1940. Tout s’est mis en place d’un seul coup, comme si les évènements n’attendaient que cela, perchés sur mon épaule, essayant vainement de percer la coque obtuse de mon crâne. J’ai laissé échapper un « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » que seules les mouettes ont entendu, et je me suis jeté sur l’écriture du canevas final avant que le vent me le fasse sortir de la tête…
J’ai donc décidé qu’une part déterminante du roman se tiendrait sur ces terres venteuses chargées du passé, face à l’entrée du port de Lorient où se situait à l’époque la plus grande base sous-marine de guerre allemande de l’Atlantique, Keroman. Je lui devais bien ça !
La nouvelle parlait d’un cambriolage durant lequel les malfaiteurs tombent sur un document qui n’aurait jamais dû revoir le jour, et j’y ai rajouté quelques morts très suspectes, dont celles de deux jeunes qui meurent d’une injection d’héroïne alors qu’ils ne sont pas toxicomanes, et un tueur très déterminé qui cherche à assouvir une vengeance implacable.
Le plus difficile, dans cette histoire, a été d’écrire ce qui concernait les enfants. Pas dans l’action elle-même, dans laquelle je me sens plutôt à l’aise, mais dans le fait que je me suis dit, surtout dans le chapitre 15 : Si je relis ça, je ne pourrai pas continuer. Les archives départementales, hélas, regorgent de ce qui a marqué la population bretonne occupée au fer rouge, et je n’ai eu qu’à puiser dans une manne terrifiante d’exactions, les plus insoutenables concernant souvent les enfants et les vieillards, qui étaient des victimes faciles pour leurs bourreaux. Toutes ces violences, basées sur des faits réels, ont servi de cadre à mon roman, mais je n’ai pas voulu utiliser des véritables archives pour les scènes les plus dures. Les lieux mêmes où ce chapitre est campé (l’église, notamment) n’existent pas, hormis le site dit « La montagne ». Cela m’a permis de m’affranchir un peu de la réalité, et de pouvoir y lâcher mes fauves imaginaires.
La machine Enigma, dont il est question pour la missive codée, a servi aux Allemands pour communiquer entre eux, avec une difficulté pratiquement insurmontable pour leurs adversaires qui interceptait parfois leurs messages. Le principe très complexe de la machine permettait en effet d’affecter une lettre différente à chaque pression de touche d’une même lettre, qui rendait pratiquement impossible tout décodage sans avoir la clé de départ de l’encodage. J’ai trouvé tous les renseignements relatifs à cette machine Enigma sur Internet, et même un logiciel qui m’a permis de coder mon texte comme s’il s’était agi d’une machine réelle.
Pour la scène d’action finale, j’ai voulu séparer mes deux personnages principaux, le capitaine Daniel Magne et la jeune APJ Lisa Heslin, par un artifice géographique, et les amener à se précipiter chacun de leur côté vers une tentative désespérée de stopper le cours des évènements qui accélère dangereusement. Le choix du moyen d’y parvenir leur appartient à ce moment-là, et je souhaitais que le lecteur se mette à courir avec les deux en même temps, tout en se demandant lequel y parviendrait le premier, et s’il y réussirait…
« De sinistre mémoire » a été pour moi l’apprentissage de ce qu’un plan longuement peaufiné peut faciliter l’écriture d’un roman, en préservant la route de l’auteur débutant de quelques pièges prévisibles. Je retravaille donc en ce moment mon thriller précédent dans cette optique. Il devrait être finalisé d’ici la fin de l’hiver…

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