20 septembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Duel en enfer par Bob Garcia

Duel en enfer par Bob Garcia

Tout a été dit ou presque sur Jack l’éventreur. Les spécialistes, forcément mieux renseignés que le commun des mortels, ont créé une science pour l’occasion : la rippologie (à cause de Jack the ripper). Il existe une littérature abonde sur le sujet, tant les fictions (romans, cinéma, bédés) que les études savantes ou assimilées (par exemple, Jack l’éventreur, affaire classée, de Patricia Cornwell nous apprend… heu… rien du tout). De leur côté, les fans de Sherlock Holmes, les puristes, les intégristes, les gardiens du temple, étudient inlassablement l’œuvre du maître dans les clubs holmésiens. La littérature savante sur le détective, ainsi que les romans apocryphes, se comptent par centaines. Les films aussi, du plus inspiré (Sherlock Holmes attaque l’Orient Express de Herbert Ross) au plus navrant (Sherlock Holmes, de Guy Ritchie). Alors, quand les holmésiens rencontrent les rippologues, c’est pas de la roubignolle de chansonnier… c’est du pointu, du débat d’expert. Autant dire que mes sherlockonneries ne font pas le poids.
Bref, pour trancher dans le vif du sujet (si j’ose dire), tout cela était hautement casse gueule. Pourtant l’envie d’opposer ces deux grandes figures victoriennes me démangeait depuis longtemps. Il me fallait donc trouver l’astuce pour mettre face à face Sherlock et Jack, sans me faire éventrer à mon tour par la critique féroce. Et j’ai trouvé ! (pas Jack l’Eventreur, celui-là je m’en fous comme de ma première loupe. D’ailleurs, je n’en jamais eu de loupe, c’est dire si je m’en fous). Donc pas plus de Jack que de ripper en branche dans mon récit. L’histoire est racontée par Watson, vieillissant, qui n’a plus toute sa tête, mais qui a par contre besoin d’une forte somme d’argent… vous me suivez ? Voilà. J’étais satisfait de ma pirouette. Je m’en sortais bien sur ce coup-là.
Sauf que… plein de lecteurs sont passés à côté de la chute (contrairement à Holmes, qui est tombé dedans). Autant parler Chinois à un aveugle, m’emmêlai-je aussitôt les crayons ! Les romans, c’est comme les contrats d’assurance, il faut lire toutes les lignes, jusqu’à la dernière. Sans sauter de paragraphe ! Sinon, on se fait avoir.
Bref, ce n’est pas très grave, avec ou sans Jack, il reste le suspense insoutenable, le brouillard à ripper au couteau, la misère noire et l’horreur des bas-fonds. Le tout relevé d’humour piquant à souhait. J’ai respecté scrupuleusement les faits officiels et avérés (noms des personnages, lieux, dates et horaires). Pour l’anecdote, j’ai lorgné sur mon livre de chevet, le sublime et incomparable : Londres, la biographie, de Peter Ackroyd. Je n’y suis pas allé avec le dos de la main morte. J’ai touillé pendant environ six mois, et ça a donné Duel en enfer.
Dernier détail éclairant, pour les amateurs. Conan Doyle n’a jamais fait dire à Holmes « Elémentaire, mon cher Watson », mais « Alimentaire, mon cher Watson », vu que les « Aventures de Sherlock Holmes » étaient son gagne-pain.
En revanche, Holmes a bien dit « Il ne faut pas lâcher la proie pour Londres », mais c’est dans une autre histoire, qui va sortir bientôt… enfin si je trouve un éditeur assez détraqué pour le publier.

2 commentaires

  1. Grand, très grand Bob Garcia.Ce duel, c’est du lourd.On en redemande. Merci Bob.

  2. Excellent ouvrage qui m’a régalé cet été. Bob convoque avec talent toutes les figures mythiques de l’Angleterre victorienne avec une jouissance communicative.

    Et outre le suspense haletant, un humour décoiffant (désolé, Bob et Fabien…) à chaque paragraphe. Flegmatique et énorme à la fois. British, quoi !

    Je recommande chaudement.

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