30 juillet 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Mon ami le bourreau par Eric Yung

Mon ami le bourreau par Eric Yung

Mon ami le bourreau, court roman et dernier paru de mes livres est né d’une rencontre. Il y a quelques mois, au cours d’un dîner amical, j’ai fait la connaissance d’Adam Biro. Je sais alors qu’il est éditeur et que sa maison a acquise, depuis quelques années, une belle notoriété dans la publication des livres d’art. Je suis assez surpris lorsque, en toute fin de repas, il se tourne vers moi et me demande d’écrire (je me souviens c’est l’expression qu’il a employée) « une histoire criminelle inédite, romancée ou réelle ». J’étais loin d’imaginer qu’Adam Biro puisse sortir de sa spécialité éditoriale. Devant mon étonnement il me précise aussitôt qu’il vient de vendre sa maison d’édition et que Stéphane Cohen, son successeur, a la volonté d’ouvrir son catalogue à la littérature noire et policière.
-Il veut appeler ça, « Les sentiers du crime », le cahier des charges est rigoureux mais il a déjà quelques auteurs qui lui ont promis un manuscrit : Marc Villard, Francis Zamponi, Emmanuel Pierrat… » me confie-t-il.
J’adore, depuis toujours, raconter et écrire des histoires humaines, j’aime parler des exceptions de la vie, de cet « absurde qui s’installe parfois dans l’intelligence pour la gouverner avec une épouvantable logique » selon la phrase célèbre de Baudelaire écrite en préface de la première édition des « Histoires extraordinaires » d’Edgar Poe. Or, depuis un petit bout de temps déjà j’avais dans ma besace un personnage peu commun : le marquis Bernardi de Sigoyer. Escroc, trafiquant d’armes et assassin on a dit, à l’époque de sa condamnation à mort (il a eu pour défenseur maître Isorni, l’avocat de Pétain) qu’il était un criminel cultivé et d’une grande intelligence ; que sa personnalité tenait à la fois de Machiavel, de Satan, de Cagliostro et de Don Juan. Il est vrai que toute son existence et son amour des femmes ne démentent pas ses qualificatifs. Par ailleurs, Sigoyer, propriétaire des fameux chais de Bercy, a été l’un des hommes les plus riches de Paris. Pourtant, et c’est étonnant, il n’appartient pas au Panthéon de ce qu’il convient d’appeler les grands criminels. Le sujet s’inscrivait donc très bien dans la nouvelle collection des éditions Biro. Dans un premier temps, j’envisage de raconter la vie de Sigoyer tant elle contient, en elle-même, tous les éléments qui pimentent un récit criminel. L’affaire est dans le sac, si l’on peut dire ! Mais, un jour…
Je prépare la biographie du marquis et, fouillant documents et archives, je relève que le marquis Bernardi de Sigoyer a été guillotiné le 11 juin 1947, époque d’après guerre encore fort imprégnée des relents de la collaboration avec l’occupant allemand. Le bourreau qui l’a exécuté s’appelle Henri Desfourneaux. Or, en m’intéressant à ce triste sire, je remarque que le quotidien de « l’exécuteur en chef » n’est pas banal. Non seulement il est vil, étriqué, et placé sous la domination d’une sorte de marâtre un tantinet sadique qu’est son épouse, mais il est aussi marqué par le malheur, l’alcoolisme, la dépression et le mystère. Dès lors, il ne s’agit plus de rédiger la biographie sulfureuse d’un criminel hors normes. J’imagine que les deux hommes (Sigoyer et Desfourneaux) se sont un jour, au temps de leur jeunesse, rencontrés … et que leurs vies, après s’être éloignées l’une de l’autre, se sont de nouveau rejointes pour partager un même destin.
« Mon ami le bourreau » est un « document-fiction » comme aiment à le dire aujourd’hui les éditeurs. Certains diront peut-être que le sujet traité dans ce court roman est loin de ceux abordés dans mes autres livres. Cependant ce dernier ouvrage a un point commun avec, par exemple, « La tentation de l’ombre » ou « Un silence coupable » (Editions du Cherche-midi). Tous explorent l’intimité de l’Etre en le confrontant au « paraître » ! En effet, par mes romans, je tente de comprendre ce que sont les autres ou en d’autres termes ce que nous sommes. Or, j’en suis convaincu, pour y parvenir, il faut descendre dans les profondeurs nauséabondes de l’âme et fouiller dans la boue. La vérité, s’il en est une, se reconnaît à ses mauvaises odeurs. C’est bien le sujet abordé dans « Mon ami le bourreau ».

2 commentaires

  1. Très bon livre ; roman court mais dense et « inspiré » de deux personnages réelles hauts en couleurs. Bon moment de lecture.
    jvincent

  2. Bouquin qui m’a l’air passionnant, ne vais pas rester sans longtemps sans l’acheter :)

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