2 septembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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A minuit, les chiens cessent d’aboyer par Michaël Moslonka

A minuit, les chiens cessent d’aboyer par Michaël Moslonka

Quand les histoires tourbillonnent dans votre crâne à n’en plus finir, quand le besoin d’écrire vous ronge les tripes tout en vous rendant exécrable et dépressif lorsque vous n’êtes pas – justement – en train d’écrire, alors, passer d’un genre à un autre ne pose aucun problème. L’auteur que je suis vient du fantastique. Je m’aventure dans la fantasy et dans la SF. J’ai écrit également des livres jeunesse et, tout récemment, un roman sentimental. Je continue de flirter avec ces genres là tandis que le noir du polar enveloppe mon existence littéraire.

J’avoue m’être découvert des accointances avec le polar, car celui-ci s’approche au plus près de la trame de la réalité – la nôtre – sociétale et humaine : les tréfonds de l’âme chez le citoyen technique, l’impact de la société sur l’individu, les répercussions de l’idée d’Homme sur la personne, le sacrifice des gens pour des idéaux, pour des concepts, pour une certaine vision de la vie ou de leur confort.

Écrire un polar, c’était aussi l’occasion de dépeindre un décor qui m’est cher, de rendre vivants ma région et les lieux de mon enfance – où je grandis toujours. C’est-à-dire le bassin minier de l’Artois dans le Pas-de-Calais, même si David Virgile Blacke (l’acteur principal de mon roman) « déteste le régionalisme » – il n’aime pas non plus le nationalisme, « Idem pour la mondialisation » –, pire : il a une dent contre ses contemporains.

Vous l’aurez deviné, le personnage central d’À minuit, les chiens cessent d’aboyer n’apprécie apparemment rien, ni personne. Sans parler de son cynisme plus aiguisé qu’une lame de couteau…

Il fallait un tel individu pour que mon histoire puisse se dérouler dans le pays de mon enfance dit « le pays noir ». Car une question délicate se posait : le noir du polar sur le noir de l’ancien pays minier, comment y voir clair ? Réponse (la mienne) : en assurant des prises et des aspérités afin que les lecteurs puissent s’accrocher à l’intrigue. Pour ce faire, je disposais d’un personnage tout trouvé : David Virgile Blacke. Avant d’enquêter au cœur d’un roman, mon capitaine de police a existé dans une nouvelle : Charmants voisins de palier. Celle-ci est parue dans Nocturne, le fanzine culte en avril 2008 (une revue amateur québécoise). Blacke y allait déjà de sa lassitude, de son cynisme et de son humour acéré. Il ne se sentait pas dans son époque et fantasmait sur celle de la Prohibition aux USA.

J’ai l’habitude de mettre en scène des personnages antipathiques, très rarement de manière volontaire. Avec du recul sur mes œuvres passées, publiées ou non, je crois pouvoir dire que j’ai un faible pour eux. Afin de ne pas décourager mes lectrices et mes lecteurs, j’ai ajouté à mon flic aux tendances misanthropes une lieutenante de police, Amélie Laribi. Elle est un phare dans la nuit de l’existence. Une jolie vague de positivisme et de tolérance. Active, professionnelle, ayant foi en l’être humain, elle saupoudre également l’enquête d’un zeste de nostalgie et de rêverie. De quoi transformer le monolithique Blacke en personne franchement désagréable puis agréable et intéressante (pari réussi d’après l’avis de certaines lectrices).

Cette dualité, je l’ai emprunté à un écrivain québécois : Patrick Senécal. Dans ses romans, généralement, ses personnages sont tout ce qu’il y a de plus antipathiques. Dans Le Vide, l’auteur ajoute à l’histoire une enquêtrice, plus ou moins en arrière-plan, mais dont le positivisme donne toute la clarté à sa narration. Pour À minuit, les chiens cessent d’aboyer, j’ai agi dans le même ordre d’idée, sauf qu’Amélie Laribi est, à l’instar de Blacke, au premier plan.

Alors que David Virgile Blacke s’invitait dans ma tête pour son roman, sous ma fenêtre, j’entendais des chiens donner de la gueule. À n’en plus finir. Lorsqu’ils se sont tus, ce fut une évidence pour moi : À minuit, les chiens cesseraient d’aboyer ! Dix mois plus tard, mon premier polar paraissait aux éditions du Riffle avec un duo Blacke/Laribi en accord avec le gémeau que je suis. Duo qui récidivera lors d’une prochaine enquête. Quand on aime ses personnages, quand les histoires tambourinent contre votre calotte crânienne pour demander à sortir, quand l’impossibilité d’écrire – due au manque de temps – rend votre quotidien invivable, quand le titre du second polar vous prend déjà aux tripes alors que vous n’aviez pas encore achevé le premier, promettre à votre éditeur et à vos lecteurs un second opus des aventures Blacke/Laribi ne pose… enfin, je vous laisse deviner la suite !

2 commentaires

  1. Merci à toi Cyriaque! Blacke va être ravi de se savoir ainsi apprécié.
    Ton commentaire me rappelle… aussi des parties de Jeux de Rôles ;)

  2. Il faut que je lise quelques unes de tes oeuvres en 2011. J’aime la description de ton héros, ce coté antipathique, ça me rappelle quelques parties de JdR ^^

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