22 juillet 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Dans l’oeil noir du corbeau par Sophie Loubière

Dans l’oeil noir du corbeau par Sophie Loubière

C’est un roman noir comme un espace privé que j’aurais ouvert aux quatre vents pour mieux éparpiller les mauvais souvenirs…
A l’origine, c’est un récit. Une partie de ma vie. Ma rencontre avec un garçon sur des pistes de skis vosgiennes en hiver. Nous sommes dans les années 80, rien ne va plus dans ma famille, le couple de mes parents se disloque, aussi sûrement que progresse la maladie dont mon frère ainé souffre. J’ai 16 ans, et je vais connaître une histoire d’amour dévastatrice : si la rencontre de ce garçon de 19 ans est brève, elle est d’une rare intensité et nous ravage tous deux, nous laissant sur le flanc, presque abattus par la violence de nos sentiments. Nous décidons alors de fuir cette romance inappropriée à nos âges et de ne plus jamais nous revoir.
La parole fut tenue. Et ma vie sentimentale d’en être bouleversée, irrémédiablement.
De ce garçon, je n’aurai aucune nouvelle pendant plus de 20 ans. Durant toutes ces années, j’ai tenté de l’oublier, de rencontrer d’autres hommes, mais toujours, son ombre s’interposait et semait le doute sur la crédibilité de mes sentiments. Stupide, naïve, fragile surtout, au milieu du néant où ma famille n’était plus, hantée par la folie et la mort, je repoussais les hommes de bien et allais me fracasser contre des hommes de mal, de ceux qui n’étaient pas sincères avec eux-mêmes, car il leur était facile de m’abandonner, un peu comme ce garçon, et cela me rassurait sans doute de revivre l’éternelle séparation.
Et puis, j’ai rencontré quelqu’un qui n’avait pas l’intention de partir et qui s’est obstiné. Ni le meilleur, ni le plus beau, mais le plus aimant. Et je l’ai épousé. A quelques temps de ce mariage, le garçon enfin oublié s’est alors manifesté – avait-il consulté un oracle ? Soudain, il éprouvait le désir de se faire pardonner. Je portais déjà ce projet de livre en tête. Il ne pouvait plus rien arrêter. J’ai laissé Anne Darney aller jusqu’au bout.
Anne Darney est mon double. Ma plus triste figure.
Bill Rainbow est une pure invention. L’homme qui jusqu’au bout aura merdé sa vie. Une espèce de Jeff Bridges, la soixantaine, bourru, marqué par la mort de son père quand il était tout gosse (père dont il écoute cérémonieusement les vieux vinyles de jazz). Amateur de bonne cuisine. L’homme presque idéal, quoi. Ils mettront le temps qu’il faut à se rencontrer, muris à point, dans un décor de cinéma où Hitchcock tourna Les oiseaux et Vertigo : la baie de San Francisco. Ajoutons une affaire classée particulièrement mal fichue et un festin de Noël à préparer et vous avez les ingrédients de mon roman. A cela s’ajoute un invité surprise : Donovan Western, un ermite hurluberlu suicidaire qui s’est imposé dans le roman comme un vieux pote dans votre salon, sans prévenir. Un gars qui détient des secrets de mort et d’amour, je ne pouvais pas le laisser devant la porte ! Autant lui enfiler un tablier et le mettre derrière les fourneaux pour cuisiner les recettes que j’ai ajouté à la fin du roman, certaine que les plus gourmets d’entre vous auraient l’envie de se lancer le même défi que Bill Rainbow : cuisiner pour Noël un festin en arc en ciel pour une femme aux yeux couleur forêt.
Dans l’œil noir du corbeau a été sélectionné en 2009 au prix ELLE des lectrices.
Joyeux Noël à tous.

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