28 juillet 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le tueur intime par Claire Favan

Le tueur intime par Claire Favan

En ce qui concerne les romans sur les tueurs en série, j’ai souvent regretté l’absence quasi-totale d’explications sur le pourquoi et le comment un homme peut en arriver là. En tant que lectrice passionnée par ce sujet, appréhender les motivations et les mécanismes de ces individus me paraît tout aussi important que leur traque et leur arrestation.
De mon côté et avec la discrétion d’un agent secret infiltré en territoire ennemi, j’écris depuis une dizaine d’années. Quelques romans pour une unique lectrice (moi) plus tard, je décide qu’il est enfin temps de traiter du sujet qui me passionne le plus. Un jour, j’assiste à un reportage sur la disparition d’une jeune fille, j’ai un déclic. La réaction des parents, incapables de faire leur deuil ou de tourner la page, faute de certitudes, me donne l’idée de base. J’ai toujours fonctionné à partir d’une scène pivot autour de laquelle je construis mon histoire pas à pas.
J’ai donc deux ingrédients à faire prendre ensemble : un tueur en série et une disparition. Cette mixture n’a de sens que si le tueur disparaît. Mais encore faut-il trouver une personne à qui il pourrait « manquer »… Comment créer une jeune femme qui ait involontairement signé pour le pire et pour le encore pire ?
Je ne peux expliquer cette union qu’en remontant dans le passé de mon tueur : son enfance, son trauma, son environnement familial, scolaire, une longue histoire commune… Je compulse, je bâtis, je découpe (heu ! mentalement) jusqu’à lui donner corps et matière. Je sème la graine et je regarde ma curieuse plante pousser : un sociopathe manipulateur et redoutablement intelligent qui accule au mariage celle sur qui il a jeté son dévolu.
Quand sa méthode est au point, il décide d’abandonner sa femme pour réaliser son destin. Je le lance alors sur les routes des Etats-Unis. Ce pays me paraît, en effet, plus adapté à une longue chasse à l’homme, tant en terme de superficie que d’infrastructures. Rapidement, l’Unité Spéciale dépassée par ses mises en scène, fait appel à un profiler aussi professionnel et fiable dans son travail qu’il est fragile et friable dans sa vie privée. Entre la genèse et l’affrontement final, mon livre se déroule sur presque vingt ans.
Selon moi, il y a les livres que l’on lit, que l’on referme sans état d’âme et que l’on oublie aussi vite et il y a LES LIVRES ! Ceux qui vous retournent à la lecture, qui vous font vibrer, cogiter, pleurer, rire et qui vous poursuivent longtemps après les avoir finis. Pour ma part, j’ai choisi de traiter mon sujet sans faux-semblant, souhaitant me rapprocher le plus possible du deuxième camp. C’est un livre dur, certes ! Mais, dans un paysage d’auteurs majoritairement masculins, je me suis fixé le challenge de ne pas déparer. Pour autant, je tiens à rassurer un de mes lecteurs : non, il ne s’agit pas d’une autobiographie déguisée !
Mon manuscrit entre les mains, je me décide finalement à le partager avec quelques proches. Leurs réactions m’encouragent à le proposer à quatre maisons d’édition, sans succès. Grâce à mon amie et presque siamoise, Fabienne, bien plus persévérante que moi sur ce coup-là, je le dépose sur le site des Nouveaux Auteurs. L’idée du Comité de Lecture m’enchante. Enfin des avis extérieurs et neutres ! (je suis très scolaire comme fille paraît-il…). Et le verdict tombe : une publication ET le Grand Prix VSD du Polar 2010 ! Je rejoins ainsi les privilégiés qui ont atteint leur rêve puisqu’un an après le point final, le livre sort en librairie.

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