17 septembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Y a pas de sots métiers par Collectif d’auteurs

Y a pas de sots métiers par Collectif d’auteurs

Le travail, c’est la santé. C’est ce qu’on raconte. Faut voir. En fait, cela dépend du lieu où on l’exerce, le travail. Et avec qui. Les hommes et les femmes qui suent sang et eau dans ce recueil se rencontrent en haut des sommets enneigés, sur les chantiers, dans le bayou, ou sur les rings de boxe. Et ailleurs. Et il ne faut pas compter sur ces hommes et ces femmes pour avouer que leur métier est un peu spécial, il ne l’est d’ailleurs pas toujours. Mais ce qui est sûr, c’est qu’au bout du compte,  » le travail, c’est la santé « , c’est vraiment ce qu’on raconte.

Cyrille Aubry : (L’odeur du cuir)

« Pour présenter mon texte, j’ai d’abord eu envie d’écrire qu’une nouvelle, de par sa longueur limitée et son intrigue compacte pourrait être comparée à un direct (du gauche ou du droit, peu importe) en plein dans l’oeil, ou le coeur, ou autre chose… Mais, finalement, non, la figure de style est un peu lourde.
Il me faut pourtant expliquer l’origine, la substantifique moelle de ce texte pour lequel j’ai eu le plaisir d’être sélectionné. D’où me vient ce goût pour l’odeur du cuir, les filles trop jolies et les rings miteux. Ces derniers font partie, dans mon imaginaire, des lieux propices au déroulement d’un bon polar. La sueur, le sang, les coups, la violence plus ou moins maîtrisée… Il y a du paumé qui accepte de se coucher pour gagner un peu d’argent, du Bruce Willis dans Pulp Fiction, du petit malfrat truqueur de combat.
En ce qui concerne les filles trop jolies, la faute en revient à Ingrid Bergman dans Casablanca, à la secrétaire de Nestor Burma, à ces ensorceleuses aux jambes interminables et aux yeux immenses qui hantent les rues sombres de toute bonne histoire noire.
Enfin, et c’est le noeud mouillé et impossible à dénouer du problème, l’odeur du cuir, cette madeleine de Proust qui vous renvoie dans les cordes de votre enfance… Bon sang, mais c’est bien sûr, dans les cinq dernières minutes, tout s’explique et quoi de mieux qu’un enfant dans un corps d’adulte, ou un adulte avec l’esprit d’un enfant pour dériver dans cet univers trouble, bercé par les odeurs, par le sang qui s’essuie si facilement sur le cuir, par les promesses d’une fille trop jolie au parfum de bonbons.
Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal ! C’est fait exprès ! Nous sommes tous de grands enfants qui ne comprenons pas tout au monde des adultes.  »

Philippe Delaoutre : (Le sommetier)

J’ai souvent écrit des nouvelles qui devaient contenir une phrase imposée. Il fallait donc que ma nouvelle contienne « Y a pas de sot métier » (à l’origine, sot métier était au singulier). J’ai trouvé la contrainte banale. J’ai donc voulu faire original. J’ai cherché longtemps, un nom, un adjectif, un détournement. J’ai pensé à sommelier, à sommier, à sommet, à sommes-étiez. Et le Sommetier est venu. Celui qui surveille les sommets.

J’ai appris quelque part qu’une nouvelle devait contenir une faille : mon Sommetier a des soucis de motricité. Peu de personnages : il n’y en a qu’un (d’accord, il évoque son entourage, mais il est seul présent). Une nouvelle doit présenter une quête, un but : on suit l’ascension du jeune Jérémie. Tout doit se passer dans un temps bref : une après-midi. La chute doit être forte, à la fois prévisible mais surprenante : à vous de juger.

J’ai écrit le premier jet da ma nouvelle dans le train Paris-Avignon, à grande vitesse. Une moitié à l’aller, l’autre au retour, et j’ai laissé reposer. Un peu plus tard, j’ai vu un film dans lequel il y avait une histoire d’oiseaux. Ca a corsé mon intrigue, induit ma chute. Enfin, j’ai retiré toutes les virgules du monologue intérieur, pour bien restituer le langage personnel, parlé, haché, affolé.

Annick Demouzon : (La Marguerite)

Il y a d’abord eu le thème proposé : Y’a pas de sots métiers et il y fallait un métier rare ou original. Tiens, tiens, je me suis dit, joli thème. Et amusant. Alors, comme j’aime puiser mes idées dans la vie, j’ai pensé d’abord à deux femmes que j’avais connues en chair et en os, l’une reboucheuse de coquilles d’escargot, et l’autre cireuse de queue de poire, tous deux métiers authentiques. Si, si. Et puis je me suis rappelé La Marguerite. Ce serait elle.
Au départ, elle ne s’appelait pas comme ça. N’avait pas encore de nom, mais, déjà, un début d’histoire, qui m’avait été contée par un voisin de table, dont le grand-père avait noté sur un carnet quelques événements ou rencontres particulières de sa vie professionnelle. J’avais une femme, son métier — un métier original à n’en pas douter, et lucratif —, et — quasiment aussi — la fin de mon histoire : la fameuse chute. Plus qu’à inventer le reste.
Le personnage de Marguerite s’est imposé de lui-même, son nom, en tout premier, sans que je l’aie cherché moindrement, et c’est lui qui m’a guidé. À partir de là, j’ai aimé glisser dans ma nouvelle quelque chose du sexe. Parce que… les marguerites, c’est connu, on les effeuille, elles se laissent effeuiller, et elles peuvent effeuiller à leur tour. L’on pourrait alors se demander, peut-être : Mais qui est Marguerite ? Une prostituée ? une femme de ménage ? un peu des deux ? Quoi ? Cette ambigüité me plaisait.
Ce qui est certain, c’est que Marguerite, ne pouvait être qu’une brave paysanne — je la voyais —, une de ces femmes bien en chair et qui aiment la bonne chère (chair ?). Les rognons au madère, en souvenir de ma presque grand-mère, les éclairs au chocolat, en souvenir du chocolat, et le vin d’orange, parce qu’on peut le fabriquer soi-même et que c’est
Alors j’ai posé Marguerite sur ses jambes, pour ses trajets à la ville, où elle se rend par tous les temps, quelle que soit la saison. À pied, « parce que c’est bon pour les jambes et que c’est comme ça qu’elle préfère ». Et, moi aussi.
Ce qui est certain, c’est que, pour nourrir la personnalité de Marguerite, et pas seulement de rognons au madère, j’ai pensé à tant et tant de femmes que j’ai connues qu’il me serait difficile de dire exactement lesquelles. Pourtant si, il y a cette vieille cousine, pour son bonheur toujours neuf à visiter les cimetières. C’est grâce à elle, à coup sûr, que l’on peut dire de Marguerite qu’« elle a toujours aimé s’occuper des vieux, même morts ». C’est qu’elle en connaît un bout, sur les hommes, la Marguerite.
En fait, je n’ai guère eu à inventer, tout m’a été donné.
Et son métier ? Et son métier, allez-vous me demander. Mais ça, je ne vous le dirai pas. Il faut lire la nouvelle, Et puis, son métier, ça ne vient pas de moi, ni le pourquoi de ses rendez-vous en ville, alors aucune raison que j’en parle ici. Non ? Pourtant, vous constaterez en lisant cette nouvelle que, vraiment, il n’y a pas de sots métiers.

Jérôme Picot : (L’équationniste)

Comment c’est construit L’Equationniste ? Fan de Bob Black et de son Travailler, moi jamais ! (Editions du Lézard), j’ai transposé à mon personnage principal une certaine volonté de déserter le marché de l’emploi. L’utilisation de la première personne, le ton de sa narration et la chute du pont sont dûs à la lecture lycéenne de La Chute (Camus, Folio) qui, quinze ans plus tard, fait encore son effet dans un coin de ma mémoire. J’ai réutilisé l’idée du Dobermann (Joël Houssin, Fleuve Noir) d’avoir un physionomiste en soutien à une équipe de braqueurs. La nullité de la sécurité informatique au sein des entreprises me vient de ce l’on peut voir au quotidien chez les gens et les entreprises mais a également été approché dans Millenium (Stieg Larsson, Actes Sud). Enfin, j’aime quand tous les éléments d’une histoire tendent vers une chute logique, inéluctable et imprévue à la manière d’un Fight Club (Chuck Palahniuk, Folio SF) ou d’un Dix Petits Nègres (Agatha Christie, Ed du Masque) et c’est avec cet état d’esprit mais moins de brio que j’ai essayé de construire mon texte. Bref, L’Equationniste est le résultat d’un collage multiple où se sont confrontés aspirations personnelles, inspirations littéraires et imaginaire.

Dom Roy : (Claque quarante)

Dans cette nouvelle, j’ai juste voulu illustrer la rencontre de la France d’en haut et de la France d’en bas.

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