30 juillet 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

ACTUALITÉS
A tort ou à raison par Annabelle Lena

A tort ou à raison par Annabelle Lena

« À tort ou à raison », mon premier thriller, est une révolte.
Voilà… Il me semble que tout est dit. Je vous remercie pour cette tribune.

Bon d’accord, d’accord, je vous entends d’ici !
L’origine de cette gueulante ?
Tout bêtement, un journal télévisé, à l’heure du repas, inoffensif puisque qu’il n’y a pas de
Un présentateur doré comme en été annonce les méfaits du froid, un mince sourire aux lèvres. Puis des cadavres se succèdent, entre la salade et la viande. Je m’accroche à ma fourchette. Au cinéma, toute cette violence est interdite bien sûr. Mais à priori au journal, cela ne pose aucun problème. Ce n’est pas comme si un producteur hurlait « coupez !!! » et que tout le monde rentre chez soi en plaisantant. Non, là, il s’agit de vrai sang, de vraies larmes, de vrais enterrements et de vraies vies brisées. On peut donc montrer, en très gros plan.
Heureusement, pendant le fromage, un sujet s’amorce sur des agriculteurs. Ils vendent à perte… ce qui me permet de reprendre mon souffle. Après tout, c’est une logique entrée dans les moeurs. Ceux qui nous nourrissent crèvent de faim.
Aussi, vous imaginez que je pensai digérer paisiblement mais voilà qu’au dessert, une collégienne de onze ans fut renvoyée de son école. Gracieusement, elle proposait des fellations à ses camarades de classe.
J’étais consternée. Impossible de toucher à ma mousse au chocolat. Avouez que ça a de quoi foutre en rogne !

Je suis sortie de table avec un mal au ventre digne d’une recette de tripes persillées à la cervelle de porc.
Je n’avais plus d’autres choix : vomir ou écrire.
Me suis dit que l’un serait plus utile que l’autre… peut-être.

J’ai donc poussé une gueulante car je ne vis pas dans le monde du vingt heures. Je refuse que les morts soient une distraction du dîner, que mon producteur de salades perde plus d’argent qu’un flambeur à la roulette et surtout, qu’une collégienne de onze ans soit consentante lorsqu’elle propose des fellations à ses camarades de classe.
Je crois juste que l’être est humain et donc, qu’il réagit de manière aberrante, dans un contexte aberrant. Le cerveau s’adapte pour surmonter les nouveaux codes de la société, la profusion d’images insensées des magazines, des télés réalité, des clips, des journaux télévisés, des abribus, des émissions people, des buzz du net…
Fabuleux instinct de survie, l’atrocité apparaît alors normale.
Le monde bascule et nous avec, voilà tout.

« À tort ou à raison » est une course folle dans un monde fou. Une prise en otage à tombeaux ouverts où je ne me suis embarrassée d’aucunes précautions, d’aucuns détails. À quoi bon savoir la couleur des murs, lorsque tout fout le camp ?
Attention, ce thriller est un coup de poing pour réfléchir à la différence ignoble qui existe entre résignation, conditionnement et consentement.

Je vous aurais prévenu…

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>