1 septembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

ACTUALITÉS
Alpes noires par Philippe Paternolli

Alpes noires par Philippe Paternolli

Quand tu prends deux semaines de vacances en Savoie, tu en profites pour faire quelques randonnées en moyenne montagne dans le massif des Bauges, tu visites Chambéry, une ancienne scierie restaurée… Lors d’une rando sur le Margériaz, le guide te montre une série de gouffres. Si tu t’es mis dans la tête d’écrire des polars, tu regardes le gouffre le plus sombre, et tiens ! voilà un cadavre au fond ! Et va te débrouiller avec ça, ensuite…
Dans les semaines qui suivent, tu vas te retrouver à écrire une petite heure autour de midi, parce que c’est le seul moment où tu es tranquille et que tu en profites pour fixer toutes les idées qui n’ont cessé de te venir aux différentes heures la journée (non : la nuit, il ne faut pas exagérer, tu dors).
Enfin… écrire, c’est beaucoup dire… Disons que tu as rassemblé autour de toi quelques personnages qui te paraissent utiles pour le polar. Une victime, un patron de bar, des amants, des membres d’une secte, des guides de moyenne montagne de père en fils, une fille défigurée, un homme d’affaires qui tient par les couilles la classe politique locale, et tout un tas d’autres personnages secondaires… Et un enquêteur ! Oui, parce que pour naviguer dans une enquête, tu as besoin d’un enquêteur, vois-tu ? Ce peut-être un journaliste, comme dans Mélodies malsaines, ton précédent polar, mais là, un flic, ce serait mieux… Ca tombe bien, Frédéric Erno, le guitariste de blues de Mélodies a un frère qui est flic ! C’est même ce qui fout le bordel dans ce roman, mais passons… Donc tu embauches Vincent Erno, et sa soeur Catherine en prime…
Et tous les midis, ce que tu fais, ce n’est que recueillir ce que te disent tous ces personnages, de façon plus ou moins ordonnée ou logique, parce que tu as quand même une vague idée de là où tu veux les conduire tous.
Et tu te retrouves avec 200 pages, un début, une fin, une histoire qui tient la route dans les grandes lignes, mais ce n’est pas un roman… Le roman, il te reste à l’écrire à présent. Il va te falloir passer des heures à reprendre chaque phrase, une par une, et tailler dedans. C’est fou ce que tes personnages ont pu te dire de chose superflues, tu vas t’en rendre compte, alors que le polar que tu veux écrire nécessite que le lecteur soit captivé et ne se perde pas dans des paragraphes inutiles – sublimes peut-être, mais inutiles, alors supprime-les !
Et puis chacun de tes personnages parle un langage différent, et toi, tes 200 pages, si tu veux qu’elles se transforment en roman, il faut leur donner ta voix (si tu veux faire le malin, tu diras : ton style)… Et aussi faire en sorte qu’au fil du polar surgissent une ou deux phrases qui livreront ta façon dont tu vois les choses, comment tu conçois le monde, comme ça au détour d’un dialogue, sans trop insister, parce que tu n’as pas un message universel à délivrer mais que tu es quand même témoin du monde dans lequel tu vis, et le polar c’est aussi ça : parler du monde comme il va mal.
Mais sans prétention, parce que tu as aussi une lessive à étendre, trois chats qui réclament à manger et le téléphone qui sonne… c’est sans doute ton éditeur qui te demande s’il n’y a pas un problème avec les chaussures de Laura Fournieux, la victime de ton polar Alpes noires.

9 commentaires

  1. Franck Vairois

    Un ouvrage à recommander à notre public averti : « Alpes Noires » de Philippe PATERNOLLI.

    Le décor est planté d’entrée. Avec lui on ne perd pas de temps en fioritures ni effets de manches.

    L’auteur vous ramène à l’action au cas où vous souhaiteriez vous en éloigner. Ce n’est plus un écrivain mais un éclairagiste qui manie la « poursuite » avec brio pour éclairer l’endroit « où ça se passe ».

    Aucune respiration n’est dès lors possible et c’est en apnée que vous parcourez ce récit haletant.

    On est là entre SIMENON et DAENINCKX. Un SIMENON nerveux et un DAENINCKX apaisé. La parfaite synthèse en somme.

    Un ouvrage bien documenté, plein des références d’un amoureux de la nature, de la peinture et de la musique. Des clés qui serviront peut être à ouvrir quelque porte étroite (la pièce de 5 euros par exemple). Tout un monde
    condensé en 160 pages.

  2. cécile-emmanuelle reus fortunato

    j’ai accroché d’emblée et pas décroché (ni même mon téléphone portable…si, si…) sous aucun prétexte avant le point final. je n’en dis pas plus car l’intrigue intrigue suffisamment pour être gardée secrète… enquête en cours… A ne pas manquer, il est excellent!!!!

  3. On l’a lu… Pardon Monsieur le commissaire, NOUS l’avons lu et aimé !

  4. A lire et à savourer. C’est d’une lecture agréable, qui nous prend aux tripes dès le départ et on ne peut plus s’arrêter. J’ai beaucoup aimé. ¸À consommer sans modération ces livres.
    Denis Petit
    Québec
    Canada

  5. Auteur ajouté au sondage en espérant contribuer un peu à vous faire connaitre.

    Polac

  6. Excellent polar que j’ai déjà eu le plaisir de lire… Aucune hésitation : la balade alpine vaut le détour mais attention… aux glissades !

  7. finalement, en quelques lignes voici comment il faut s’y prendre pour écrire un roman qui porte la marque de son auteur, qui porte son identité bien qu’il s’en défende. Finalement, c’est peut-être à Marseille qu’on écrit les meilleurs polars.

  8. Sûr je commande Alpes noires… déjà on accroche avec si peu d’explication, alors je le veux.

  9. Voilà qui donne envie de lire ce polar!!! J’espère le recevoir rapidement :).

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