Rejoignez la page Facebook de Livresque du Noir flux rss Suivez le compte Twitter de Livresque du Noir
LIVRESQUE DU NOIR EST AUSSI PARTENAIRE DU SALON DU LIVRE D'EGREVILLE QUI SE TIENDRA LE 18 MAI.


Les acteurs du Noir ont carte blanche

[X] Fermer

Blessures du silence

Nous étions les hommes par Gilles Legardinier

Nous étions les hommes par Gilles Legardinier

L’idée de parler de mon travail en étant libre, hors de toute question ou promo, est une belle proposition, et je remercie Fabien de m’en donner l’opportunité. Alors je vais vous dire pourquoi j’ai écrit mon dernier roman, et vous ferez ce que vous voudrez.

NOUS ÉTIONS LES HOMMES est né d’une peur et d’une envie. La peur de perdre ceux que j’aime et l’envie que cela n’arrive jamais. Le pire serait de les perdre sans en être éloigné, de ne plus avoir ce contact avec leur humanité. C’est ce qui se passe avec Alzheimer : on reste vivant mais vidé de ce qui fait notre essence, privé de la mémoire de notre espèce et de notre vie. Le pire. Face à cela, il y a ceux qui cherchent, ceux qui inventent. Ils sont notre espoir.

L’idée n’était pas de faire un livre sur la maladie d’Alzheimer – tristement à la mode chez beaucoup – mais d’évoquer la menace la plus sérieuse à laquelle nous ayons jamais été confrontés et d’examiner ce que nous faisons pour y échapper, à l’échelle des individus et à l’échelle de nos civilisations. Il y aura toujours des gens pour souffrir, d’autres pour les aider, et d’autres pour tenter d’en profiter. Pourtant, cette fois, il y a quelque chose de différent, parce que nous sommes tous concernés. Vous et moi. L’argent ou le pouvoir ne servent à rien face à ce fléau. Personne n’est à l’abri.

À mon sens, la fiction est le meilleur moyen d’aborder les vrais problèmes sous un angle neuf. Cela repose sur la même mécanique que celle qui nous conduit, lorsque nous sommes enfants, à jouer pour apprendre.
Il est en train de se produire quelque chose de spécial avec ce livre. Pendant son écriture, je me suis beaucoup documenté, j’ai passé du temps avec des malades. J’ai multiplié les contacts avec les chercheurs. Cette histoire a envahi ma vie parce que même si c’est une intrigue imaginée, la réalité qu’elle aborde est bien là et chaque jour, je vois des infos qui font de ce livre bien autre chose que de la science-fiction.

Depuis que le livre est sorti, je reçois des témoignages d’accompagnants, de gens qui ont été témoins du mal que représente cette dégénérescence. Pour être honnête, je pensais que les gens qui étaient confrontés à cette maladie n’iraient pas vers mon livre parce que je ne les voyais pas se distraire avec une histoire autour d’une abomination qu’ils subissent. Pourtant, ils me disent que cette fiction leur permet de mieux affronter la réalité. Cela me bouleverse. Je me retrouve à pleurer avec des inconnus. C’est en espérant être un peu utile aux gens que j’écris. J’espère les distraire, peut-être leur apporter quelque chose. Je crois que le type qui racontait des histoires au coin du feu était aussi important que celui qui gérait les réserves de grain du village. Je me sens proche des conteurs. Je me sens à ma place dans cette fonction. Ce sera à vous de dire si j’ai raison.

En attendant, n’oubliez rien, n’oubliez personne.

Tags : , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire