25 novembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le crime de Loyasse par Bernard Domeyne

Le crime de Loyasse par Bernard Domeyne

Le crime de Loyasse est né de l’idée de faire un roman où différents personnages de mes écrits contemporains (policiers et érotiques) se rencontrent autour d’une nouvelle enquête : le commissaire Albertini, Valérie Manset, Estelle Aymeric, Adrien Cavaldi apparaissaient déjà dans Panne de cœur et dans Decrescendo (paru chez Publibook).
L’intrigue tourne autour de la découverte, au fort de Loyasse, à Lyon, du cadavre d’une jeune femme, assassinée dans des conditions particulièrement atroces. Aidés par leur collègue Michel Albertini, de la Brigade des stupéfiants et du Proxénétisme, Addamah et Manset vont devoir se plonger dans l’univers interlope des nuits lyonnaises, mais aussi investiguer dans la bonne bourgeoisie, et faire tomber les masques de la respectabilité…

Je voulais également dans ce quatrième opus donner un autre éclairage sur Kiki Manset et Gilles Addamah : comment sont-ils vus par leur entourage ? Et on n’est pas déçu… Kiki tout d’abord : pour sa sœur Valérie, Kiki Manset est une emmerdeuse donneuse de leçon : et dans ce roman, elle en prend plein la gueule… Je suis plus tendre avec Addamah : lui est vu par sa mère et son pote Albertini… Deux regards indulgents, c’est vrai. Kiki est un roc. Addamah, lui, entre dans la cinquantaine et se pose des questions sur ses choix et sur sa vie.

Le crime de Loyasse est un roman fortement sexué : il y a l’amour fou entre Gilles et Mareva, la terroriste rencontrée dans Panne de coeur ; l’amour impossible entre Tournois et Farida El Hadj ; les délires sado-masochistes d’Aurélie Derval ; l’amour torturé d’Alexandre De Siry ; l’amour contrarié de Valérie Manset ; le libertinage vénéneux de Nathalie Eyquem-Boldhe ; les amours adolescentes de Michael ; le donjuanisme d’Albertini…

Dans le crime de Loyasse, on retrouve – avec plaisir – la bourgeoisie, son égoïsme, ses mensonges, ses perversions. Je ne suis pas le Chabrol de la littérature policière, mais franchement, c’est un terreau extraordinaire, la bourgeoisie. Et puis, autant que les enquêtes se déroulent dans un cadre agréable, vous ne croyez pas ? C’est un peu comme Second Life… On va pas se créer une seconde vie dans une HLM…

Si les lieux sont enchanteurs, les thèmes traités ne le sont pas : les sectes, le suicide des enfants… Le suicide des enfants en bas âge est tabou en France. Et les adultes que nous sommes s’empressent d’occulter ce fait pourtant incontournable : nous avons tous pensé sérieusement à un moment donné (la plupart du temps, à l’adolescence), que la vie ne valait pas la peine d’être vécue. Je vous renvoie au Mythe de Sisyphe, d’Albert Camus ; tout y est dit… Quant aux sectes, j’en décris une totalement imaginaire qui représente le mal absolu, mais la réalité est qu’il n’y a pas de consensus non plus sur ce sujet en France, malgré une unanimité de façade… Et au-delà, qu’est-ce qu’un comportement sectaire ? Où s’arrête la ferveur religieuse, et où commence le pétage de câble ? Posez-vous la question, et vous verrez que ce n’est pas si simple…

Pour le crime de Loyasse – contrairement à Panne de cœur – l’écriture n’a pas été simple. Je suis parti de plusieurs éléments pas forcément miscibles : l’esclavage moderne, le SM, le culte de Mithra, Nostradamus… Je voulais un roman à énigme avec un bon suspense. Au fil du temps, Nostradamus est passé au second plan ; mais ce n’était pas prévu au départ. Certaines scènes ont été particulièrement difficiles à écrire ; par exemple, la séance de SM entre Estelle et Valérie : il y a eu au moins quinze versions différentes avant d’arriver à la mouture définitive.

Effleurés dans Petits meurtres entre énarques avec Emilie Combette et Al Chebli, approfondis – ô combien ! – dans Decrescendo, avec Estelle et Adrien, les rapports sado-masochistes, la victime consentante et son bourreau, sont au cœur du crime de Loyasse. Tout auteur a ses marottes. Par exemple, pour Minette Walters, ce sont les agressions de femmes par des pervers, et dans une moindre mesure le racisme ; pour Henning Mankell, c’est le déclin du modèle social suédois, les enquêtes longues et laborieuses et la dépression chronique de Kurt Wallander… Moi clairement, tout tourne autour du Mal, de l’ambivalence – ou non – de la notion, et de jusqu’où ça peut aller : de la captivité assumée d’Estelle Aymeric dans Decrescendo, à la guerre nucléaire totale avec Histoire de Gonar Oskol…

C’est compliqué, le Mal… Il y a deux façons de voir les choses. Soit on considère que le Mal, c’est tout ce qui est contraire à une morale ou à une éthique ; alors c’est simple, et on vit très bien. Mais ça me paraît un peu court comme approche ; voir par exemple, les multiples contradictions de l’Église Catholique (pour ne parler que d’elle) sur les sujets les plus divers… Soit on essaie d’approfondir un peu, et c’est plus dur. C’est ce que j’essaye de faire ; j’espère que le lecteur y trouvera son compte…

Ceci étant, je ne suis pas un écrivain à message. J’essaie d’écrire des romans qui soient plaisants à lire, c’est tout. Mais si vous voulez faire une lecture au second degré du crime de Loyasse, au fond le message est simple : il faut accepter le monde avec ses imperfections, parce que la pureté, c’est le mensonge suprême… La pureté, l’armée des Purs, elle est du côté du thea Party, de Ben Laden ou des Légions de Mithra… Mais on peut aussi, comme va probablement le faire Addamah, se mettre en retrait, prendre un peu de recul si on ne supporte plus le monde comme il va.

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