23 novembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le jaguar sur les toits par François Arango

Le jaguar sur les toits par François Arango

Suis-je, vraiment, une graine d’assassin ?

Si la question se pose à moi aujourd’hui, ce n’est pas tant au travers de ma profession de médecin réanimateur, où la mort fait quotidiennement un bout de chemin avec nous et finirait presque, si l’on n’y prenait garde, par nous aguicher. Non, ce que me renvoie ce questionnement comme un boomerang, c’est l’indéniable plaisir pris à éparpiller les cadavres et les membres dépecés au fil des pages d’un roman pourtant pétri, au départ, de bonnes intentions. Un comble pour quelqu’un qui fait profession (de foi ?) de sauver des vies. Pire, n’ai-je pas eu davantage de sympathie et d’indulgence pour mon effrayant Jaguar que pour ses victimes ?

La réponse est oui, bien sûr, et après tout, là n’est pas le propos. Ce forum n’est pas un divan. Chacun exorcise comme il peut ses instincts de violence, réprimés par une société aseptisée, et la grande Simone de Beauvoir elle-même exultait à la vue des ferias catalanes. Pour ma part, j’aime trop la vie sous toutes ses formes, celle des taureaux comprise, et je préfère pointer mon flingue ailleurs. Car au-delà des cadavres virtuels qui jonchent le parterre mexicain tout au long du Jaguar sur les toits, ce sont quelques-unes des multiples turpitudes humaines que je me suis fait une joie maligne (sans jeu de mot) de viser au cœur : celles qui nous conduisent, à des degrés divers et avec plus ou moins de conscience, à creuser notre tombe avec nos pieds, en commençant par celle des plus faibles, des minorités, de nos futurs enfants bientôt privés d’arbres, au profit des dieux dollar, pouvoir, ou « paraître ».

Mais qu’on ne se méprenne pas. Le Jaguar n’est ni une thèse ni un plaidoyer. C’est de loin et avant tout un jeu de piste et une farandole de personnages qui n’aspirent qu’à empêcher la lampe de chevet du lecteur de s’éteindre trop tôt. Un jeu et une farandole imaginés et construits dans une vision éminemment cinématographique. Le film noir m’a nourri, plus encore que Simenon ou Agatha Christie, et mes repères vont de Jean-Pierre Melville à David Fincher, en passant par Michael Mann ou les polars américains des années 60-70. Sans doute certains seront-ils choqués par ces références trivialement hollywoodiennes ; qu’importe ! Le Jaguar sur les toits est – qu’on m’autorise ce fantasme – prêt à tourner, les bobines sont calées, les rôles sont distribués, jusqu’à la musique qui scande déjà chacune des scènes. Roman et cinéma noirs sont, j’en suis convaincu, étroitement liés. Puisse ce jaguar aider le lecteur à « se faire un film », sans cesser pour autant de s’interroger sur les questions qui sous-tendent l’histoire.

Ce jeu de piste met en scène des personnages au caractère plus ou moins trempé, aux contours plus ou moins nets. Chacun sait, s’il s’est risqué un jour au jeu de la fiction, que les personnages acquièrent une autonomie et vous échappent trop vite. Ce fut le cas par exemple des deux héros, qui se distinguent davantage par les coups de poing de leurs dialogues que par une histoire personnelle insolite. Les deux flics, l’assassin, ses acolytes, ceux-là sont plus complexes et c’est sans doute pour cette raison qu’ils m’ont davantage inspiré. Là encore, comme dans les grands classiques des années 50, les « seconds rôles » ont pour moi une importance considérable.

Un élément qui ne tient pas un second rôle est le Mexique lui-même, qu’on ne peut résumer d’un trait simpliste tant le pays cultive le paradoxe, en plus du maïs et du peyotl. Ma vision personnelle de ce fabuleux creuset de métissage est omniprésente dans le roman.

Cette histoire vise à distraire, à sourire ou à frémir, parfois. Si elle y est parvenue, le but est atteint. Avais-je des messages plus ambitieux à transmettre ? S’il y en a, le lecteur les trouvera sans grande difficulté.

2 commentaires

  1. Marie - France Gouellin

    Fabuleux , palpitant , impossible de s’arrêter de lire …Un vrai piège !

    Et puis le Mexique et cette merveilleuse civilisation aztéque le tout sur fond philosophique . Passionnant .

    A bientôt pour le prochain et bravo ! Et vive les  » talons aiguille  »

    M.F. Gouellin

  2. François ARANGO vient d’obtenir le Prix 2012 du Goéland Masqué avec Le jaguar sous les toits

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