31 octobre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Momentum par Patrick de Friberg

Momentum par Patrick de Friberg

Souvenez-vous, je vous avais présenté en automne mon précédent roman le Dossier Déïsis. Nous étions alors en paix, je m’enfonçais dans le confort de l’hiver, Fabien Hérisson avait de nouvelles lunettes : la béatitude. Sept mois plus tard, le monde a tourné. Des dictatures alimentées par nos riches sociétés se sont effondrées, il y a la guerre à quelques dizaines de kilomètres des côtes européennes, l’hibernation est oubliée, je suis souvent consulté sur des révolutions dont j’avais prévu l’explosion contre l’avis de bien des experts télévisés. Je conforte mon expertise de ce Facteur Humain dont parle Percy Kemp, celui qui fait tourner le monde. C’est le sujet de mon nouveau roman, MOMENTUM, mon premier roman Nord-américain qui paraît lundi 4 avril prochain aux éditions Goélette.

Revenons à la genèse du manuscrit. En novembre 2003, alors que je travaillais à Riga, en Lettonie, l’un de mes contacts, un Letton de bonne famille, me parla d’un de ses oncles, général du KGB à la retraite avec lequel il venait de renouer des relations rendues difficiles par la chute de l’Union Soviétique. Le vieillard faisait partie de ces quelques dizaines de milliers de Soviétiques qui n’avaient pu rester sur le territoire des pays baltes au moment des lois d’indépendances chassant les responsables des épurations et autres déportations du monde communiste. La génération de mon ami vit entre deux mondes, le russe et l’européen. Le premier entaché des souvenirs de l’oppression malgré ses changements, le second ne faisant plus rêver par l’attitude ambiguë de l’Ouest méfiant. Mon camarade avait accepté de revoir cet oncle honni, s’en était rapproché et me confia que l’homme avait essayé de revendre ses pauvres secrets sans succès pendant ces quelques années folles où tout était à vendre à Moscou, du secret politique à la grande industrie. Le général n’était plus qu’un vieil alcoolique, sans retraite, perdu le plus souvent dans ses souvenirs à se raconter des histoires qui n’intéressaient plus personne. Il mourut peu après, retrouvé nu en plein hiver, roué de coups et lancé sous les roues d’un tramway. L’enquête, si elle exista un jour, conclut à une crise de delirium. Mon ami fut alors l’héritier d’un carton de documents inintéressants dans lequel je tombais sur la fiche de suivi d’un diplomate et politique canadien, appelons-le « l’ambassadeur », toujours en vie à l’époque de ma première lecture. Je flairai la désinformation, mais une phrase sibylline retint mon attention. Elle rapportait le questionnement de « l’ambassadeur » sur ses doutes moraux et idéologiques face à la chute du Mur. Il remettait en cause ce devoir des espions communistes envers cette nouvelle Russie qui avait sanctifié le tzar et renié le rêve socialiste. L’homme, si longtemps après l’effondrement, si bien installé dans la vie canadienne, malgré son âge canonique, désirait « rentrer ».

L’idée qu’un beau mécanisme d’espionnage tenu sur des décennies ne puisse tenir qu’à un puissant désir de revoir sa terre, qu’un ambassadeur ou ce futur premier ministre Gilles Drouin que je mets en scène, puisse être un Russe de la génération des illégaux du KGB, la vilaine pensée qu’il puisse se trouver écartelé entre l’idéologie qui l’avait porté toute sa vie et ce Nouveau Monde dont il entretenait les compromissions et les magouillages, tout cela me passionna.

Momentum était né. Vous y lirez trois histoires enchevêtrées vers une fin inattendue: celle de l’infiltration d’un Soviétique adolescent en 1962, celle de la mise en place par le KGB en 1985 d’un vaste complot pour prendre possession de la politique canadienne, celle, enfin des prochaines élections québécoises.

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