24 octobre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Léviathan, tome 1 – La chute par Lionel Davoust

Léviathan, tome 1 – La chute par Lionel Davoust

Je crois qu’en littérature, en art, on ne devrait pas craindre de tenter toutes les expérimentations qu’on désire. Pour ma part, je n’ai qu’un principe : m’efforcer de proposer une bonne histoire. Je suis un romancier. Un saltimbanque, un amuseur. (Soit un type avec une carrière pas vraiment stable dont vous n’aimeriez pas forcément qu’il devienne votre gendre.) Mon métier, c’est de distraire, d’emmener le lecteur à l’aventure, de le faire frissonner, de le surprendre, de le pousser à détester certains personnages, à en comprendre d’autres. Peut-être à se poser des questions – mais c’est du bonus. C’est un grand jeu et un grand plaisir, mais cela ne reste que cela… du plaisir. Une valeur bien névrotique aujourd’hui : à la fois recherchée de façon presque compulsive, et jugée comme inutile dès lors qu’elle n’est pas traduisible en valeurs financières. Bref, je n’ai pas de discours, pas de message ; je ne fais pas de politique. Je ne suis pas un pamphlétaire.
Je suis un romancier.
Mais j’ai une confession à te faire, auguste lectorat. Tu permets que je t’appelle auguste lectorat ? C’est comme ça que je t’appelle chez moi, dans ma taverne virtuelle, sur mon blog et mon site, sur les réseaux. Nous ne sommes pas chez moi, effectivement, je suis invité chez Fabien, mais j’espère que tu me pardonneras cet excès de familiarité même si nous nous connaissons assez peu ici, et que tu considères que cela revient à mettre les pieds sur la table. Daigne considérer cela comme une marque de timidité ou de coquetterie – voire les deux. J’ai moins de mal à te parler si je peux te personnaliser. (Et je trouve que c’est une très jolie table.)
J’ai, disais-je, une confession à faire.
La voici. Raconter une histoire, ce n’est pas un geste anodin. Proposer de l’émerveillement et des frissons, ce n’est pas anodin. C’est même, au contraire, un acte lourd de sens que de vouloir donner du rêve. Car, derrière le rêve, il y a du sens.

La trilogie Léviathan est un projet que je mûris depuis quinze ans parce que c’est une histoire très particulière. Elle se déroule aujourd’hui, dans notre monde, mais, progressivement, elle s’aventure également au-delà des frontières du visible, vers les mythes et les légendes, la spiritualité et le mysticisme. C’est un récit que j’espère ancré dans les grandes traditions du surréalisme, du fantastique, de la littérature populaire et, surtout, de l’imagination. Parce que je crois fortement que l’imagination est le plus grand pouvoir de l’être humain : elle lui permet de porter un regard singulier sur son environnement, d’imaginer ce qui pourrait être, et alors, de le réaliser. L’imagination permet de nous dépasser, de nous transcender, d’évoluer. De nous rêver autrement. Sans l’homme qui, un jour, a rêvé du feu, nous mangerions encore nos patates crues, et je te prie de croire que c’est dégueulasse.
C’est exactement mon projet avec Léviathan : faire rêver. (Pas cuire tes patates, allons.) Mais, par ce biais, aller plus loin, en montrant que le rêve est une puissance active, qui n’a rien de virtuel. La volonté, dès lors que nous l’appliquons à un but, est notre meilleure alliée. Elle représente une arme à la fois terrifiante et merveilleuse, qui est à notre image : elle nous rend capable du meilleur comme du pire. Mais, surtout, elle nous rend responsables. Elle nous rend le contrôle de notre destinée et permet, pour voler les mots de Nietzsche, de faire de nous des créateurs. Beaucoup de personnages, dans ce roman, sont des créateurs – des créateurs d’eux-mêmes, avec toutes les luttes et les cas de conscience que cela implique.

Donc, oui, auguste lectorat, je l’avoue. J’ai un projet avec Léviathan. Celui de te livrer un bon récit – du moins, je l’espère –, pour, à mon humble échelle, te transporter en d’autres lieux, en d’autres façons de penser. En d’autres rêves. Je crois au pouvoir du divertissement, car il est lié à celui, irrépressible, de nos envies. Et qu’elles sont le moteur de notre élévation, de notre évolution. De la construction d’une existence qui nous ressemble.

En définitive, je n’invente rien. Rêver a toujours été un acte hautement subversif, car, s’il permet à chacun de s’accomplir, de se changer soi-même, il permet, par conséquence, de changer le monde. Cela ne peut pas plaire aux aux gardiens de tous les temples, de tous les ordres moraux ; et la liste des prestigieux précédents historiques, combattus ou sacrifiés par ces gardiens, est interminable. Notre époque a construit de nombreux progrès, bien sûr ; mais elle ne fait pas exception non plus.
Car, dans notre sentiment de sécurité, dans le confort de nos certitudes, peut résider un aveuglement insidieux : l’immobilisme, c’est aussi la fin des souhaits. Cette demi-mort peut représenter une lecture valide de l’aventure de Michael Petersen dans Léviathan : La Chute. À titre personnel, je trouve que c’est un des sorts les plus tragiques qui soient.
C’est peut-être pour éviter cela que j’écris. Et pour que nous rêvions ensemble.
Nos défis nous attendent.

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