31 octobre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Triple meurtre à Hazebrouck par Philippe Declerck

Triple meurtre à Hazebrouck par Philippe Declerck

Olivier Béjot, mon flic récurrent, aborde dans ce troisième opus les rives nauséabondes de l’extrémisme politique et religieux. Ecarté par sa hiérarchie après avoir mis un terme aux activités pédophiles d’un collègue, il est envoyé à Hazebrouck pour découvrir les auteurs de tags racistes qui fleurissent sur les bâtiments publics. Il se retrouve bientôt avec un triple meurtre sur les bras. Trois jeunes skinheads ont été retrouvés égorgés au pied du monument dédié à la mémoire de l’abbé Lemire. Des inscriptions en arabe souillent le piédestal. Le climat de haine est d’autant plus exacerbé qu’une des victimes est le fils d’un policier hazebrouckois.

L’actualité récente, nationale ou même locale, regorge d’affaires à caractère raciste. Depuis quelques années, elles se sont multipliées. Dans le cadre de mon travail (formateur en français, histoire-géo.), je suis de plus en plus souvent confronté à des propos du même acabit de la part de mes élèves, d’autant qu’il existe un fort sentiment d’appartenance à la flandre. Bien souvent, c’est l’ignorance qui nourrit leur xénophobie. Ces thèmes se sont donc naturellement imposés à moi, me permettant par la même occasion de renouer avec une vieille maîtresse, Clio. Je me suis donc plongé dans l’histoire des mouvements revendicatifs flamands pour donner corps à l’un de mes personnages principaux, Arnaud Dejaegher, leader charismatique d’une association de défense des valeurs flamandes.

J’ai situé l’intrigue à Hazebrouck pour des raisons pratiques (j’y réside donc je connais bien cette ville, je n’ai pas eu besoin d’effectuer de longs déplacements pour effectuer des repérages chronophages) mais surtout pour des raisons structurelles : c’est une ville moyenne (25 000 hab.) dans laquelle tout le monde se connaît avec tout ce que cela sous-entend en terme de comportement, de mœurs, où la réputation n’est pas un vain mot. Cette ville est située au cœur de la Flandre, entre Lille et Dunkerque. Elle représente un microcosme de notre société. Ecrire sur sa ville n’est pas une tâche anodine. On risque de froisser certaines susceptibilités notamment lorsque l’on évoque en termes peu flatteurs des lieux. Certains pourraient se sentir stigmatisés, d’autres vont chercher dans mes personnages à retrouver des personnalités locales…J’ai évacué ces doutes en me disant que je n’écrivais pas une étude sociologique. Encore que…

Un autre écueil à éviter était de ne pas tomber dans une vision manichéenne de ces problèmes. On n’a pas d’un côté les méchants flics et de l’autre, les bons arabes. Le monde que je dépeins n’est pas noir et blanc mais il est composé d’une multitude de nuances de gris. Même mes personnages principaux, Béjot en tête, ne sont pas exempts de failles. Comme me l’a fait remarquer François Baudinet (animateur du Cercle polars du Vieux-Lille), « mes flics nourrissent le noir ».

Par rapport à mes deux précédents romans, l’histoire est davantage ancrée dans la réalité. Ecrire sur ces thèmes, les dénoncer était devenu une nécessité. Je n’ai pas la prétention de changer les mentalités même si je considère que le polar, plus que d’autres littératures, contribue à pointer les dérives de notre société. Si je suis parvenu à ce résultat, ce ne sera déjà pas si mal !

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