27 novembre 2014

LES ACTEURS DU NOIR ONT CARTE BLANCHE

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Le cramé par Jacques-Olivier Bosco

Le cramé par Jacques-Olivier Bosco

L’écriture du Cramé est partie d’une nouvelle que j’avais écrite il y a une dizaine d’années. Il s’agissait de thèmes assez fort comme la soumission à la peur, jusqu’à la ressentir en soi telle une maladie, et la vie d’un gamin chétif et sans défense dans les cités, où, par la situation de nombre de ses occupants, les règles d’éducation, de civisme et de lois étaient à l’abandon. Le gamin subira un traumatisme qui le poussera, au travers d’actes d’extrêmes violences, à s’affirmer enfin et à se détacher de la peur.

Pour l’écriture du roman, j’ai imaginé ce qu’il advenait plus tard de ce gosse, comme il le dit lui même, à un moment «je n’ai pas choisi d’être un hors la loi, c’est la vie qui a choisi pour moi ; les cités ne font pas de quartier». Un hors la loi, donc, avec un terrible secret lié à son enfance (le traumatisme), mais aussi, de par son vécu (soumission à l’injustice, aux pourritures, centre de délinquants, prison), un homme attaché comme la peau sur les os à des principes qui pourraient nous paraître, à nous citoyens lambda abreuvés de désillusion, désuets ; honneur, amitié, respect de la parole donnée, empathie virale pour les plus faibles, des «principes» avec un grand P.

J’avais donc ce personnage, torturé par un secret mais bourré de charisme (aimant les belles bagnoles et les bonnes bouffes), avec sa gueule de voyou balafré et chef d’une bande de voleurs, comptant autant d’hommes d‘action – et d’honneur – que de femmes fatales ou sans compromis ; une bande fidèle, liée à son chef par les liens du sang et de l’amitié, elle s’occupera d’ailleurs de le faire évader à un moment du récit. On retrouve des hommes du sud, Corse, Niçois ou Marseillais, la fiancée du héros, une sorte de mélange de Tara King ( Chapeau melon…) et de Black Mamba (Kill Bill), une braqueuse de haut vol.

Ensuite, je voulais raconter une histoire, une bonne histoire, avec du rythme, du suspense, qui tient le lecteur, et moi-même, en haleine, je me suis donc servi des points forts et des points faibles de mon personnage pour créer des zones de tension et de conflits. D’abord il apprend qu’un traitre fait partie de sa bande, qu’une balance a parlé aux flics, causant mort et arrestation de ses frères d’armes, ensuite, il fait une promesse à une femme, celle de retrouver son fils disparu depuis quarante-huit heures. Et pour finir, il va devoir se faire passer pour un flic nouvellement promu dans le commissariat de Saint Denis (en kidnappant l’original et en prenant sa place) afin de mener à bien ses deux enquêtes. On trouvera, outre de l’action et des réactions et dialogues violents – un gosse est en danger, et ses compagnons risquent de se faire dénoncer, il doit agir vite et à sa manière, au grand dam de son équipe de flics – une part de rocambolesque qui m’est chère, héritée de ma passion pour les romans de Ian Flemming et son héros James Bond.

Bien que je me sois attaché à décrire le monde des notables et leurs lourds secrets d’alcôve, les jeunes filles qui vivent et subissent l’ennui et la connerie des cités, leurs décors, leur prégnance, je me suis aussi amusé à créer des supers méchants (nain difforme au couteau de boucher, handicapé en chaise roulante se prenant pour le maitre du monde des cités) et des situations impossibles (par exemple, le Cramé se fait refaire le visage, une femme se fera tuer par sa faute lors d’une poursuite en voiture et il tirera au Famas en plein Paris). Dans un mélange de passion, de violence intime et externe et de n’importe quoi mesuré, notre héros avancera jusqu’au bord du gouffre de l’enfer, il y verra alors son reflet, ses propres ténèbres…
Pour sauver le gosse, et tenir sa parole, il devra livrer son terrible secret, son amie se sacrifiera pour lui et ses collègues flics finiront par trouver ses méthodes normales, dans un monde ou les notions de bien et de mal n’existent pratiquement plus, il ne reste que le mal pour le mal.
Le Cramé tiendra parole, au prix de nombreux sacrifices, de tueries et de trahisons, il ira jusqu’au bout. Tout comme, je l’espère, les lecteurs, qui prendront du plaisir à retrouver ce personnage et ses amis en replongeant chaque soir, ou chaque jour dans le métro, dans mon bouquin. Je l’ai fait dans ce but, les kidnapper, les faire rêver, frissonner, mais aussi, les passer au grill, pour leur plus grand plaisir, celui qui sied le plus au Cramé ; le plaisir de l’évasion.

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