28 novembre 2014

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Battez-vous pour vos bibliothèques comme pour votre liberté par Karin Slaughter

Battez-vous pour vos bibliothèques comme pour votre liberté par Karin Slaughter

Mon père et ses huit frères et soeurs ont grandi dans la pauvreté. Le genre de pauvreté que l’Amérique n’aime pas évoquer, à moins qu’un phénomène comme Katrina ne se produise, et alors les discussions ne durent que le temps des informations. Sa famille squattait des taudis, les enfants ramassaient des détritus dans la forêt pour manger. Ils collaient du carton aux fenêtres pour ne pas mourir de froid.

Les livres n’existaient pas, là-bas. Quand vos enfants meurent de faim, vous ne pouvez vous permettre de passer six heures à lire un roman. Cueillir du coton ou coudre des vêtements dans des sacs à farine, voilà ce que mon père, enfant, appréciait de faire.

Plus tard, lorsqu’il remarqua que moi, sa plus jeune fille, j’aimais lire, il m’emmena dans la bibliothèque de Jonesboro et me dit que je pouvais lire n’importe quel livre dans le bâtiment, pourvu que je lui demande de m’aider si je ne comprenais pas quelque chose pendant ma lecture. Je pense que c’est le plus beau cadeau qu’il m’ait jamais fait. Bien qu’il ne fût pas lecteur lui-même, il avait compris que la lecture n’est pas qu’un simple loisir. C’est le moyen d’améliorer sa vie.

Pourquoi devons-nous lire ? Ce n’est pas une question de survie. Contrairement à ce que certains d’entre nous pensent, nous ne mourrons pas si nous ne lisons pas. Je pense que le besoin de lire ne se résume qu’à une seule motivation : les enfants sont centrés sur eux-mêmes. Lire les histoires d’autres personnes crée un équilibre dans la vie d’un enfant. Ca leur apprend qu’il existe un monde en dehors d’eux-mêmes. Ca leur fait comprendre que les mots sont la clé pour accéder aux mystères du monde qui les entoure.

Lire développe les aptitudes intellectuelles. Grâce aux livres, vous vous demandez quel est le sens de votre vie. C’est la raison pour laquelle la première chose que font les dictateurs quand ils arrivent au pouvoir est d’interdire ou de censurer les livres. C’est la raison pour laquelle pendant si longtemps, il était interdit aux esclaves d’apprendre à lire. C’est la raison pour laquelle dans certains pays, on jette de l’acide au visage des jeunes filles qui vont à l’école.

Enlever « Roméo et Juliette » du programme d’un lycée, c’est comme en enlever les mathématiques. Les deux vous entraînent à réfléchir dans des situations problématiques. Les deux favorisent la résolution de problèmes. Les deux forment des adultes qui interrogent la société et la font évoluer. Fondamentalement, la lecture crée des sociétés meilleures. Ce n’est pas une théorie. C’est un fait établi. Il y a une corrélation évidente entre l’importance accordée à la littérature dans un pays, et sa prospérité.

Voilà pourquoi la gestion de bibliothèques américaines devrait être une cause nationale. Maintenir l’ouverture des bibliothèques, donner à tous les enfants un accès aux livres est vital pour la souveraineté de notre pays. Pour presque 85% des enfants vivant en milieu rural, les seuls endroits – en dehors de l’école – où ils ont accès aux livres ou aux nouvelles technologies, c’est dans une bibliothèque publique. Pour beaucoup d’enfants citadins, le seul endroit sécurisé où ils peuvent étudier ou faire leurs devoirs, c’est dans une bibliothèque publique. Les bibliothécaires sont des soldats. Ils se battent pour que nous trouvions notre place dans le monde. Et dans la plupart des cas, ils ne recueillent que des miettes d’aides ou de subventions.

Nous devons changer notre façon de considérer les bibliothèques. Elles ne sont pas un luxe. Elles sont une nécessité. Quand une tragédie touche d’autres pays, les Américains sont généreux. Mais nos bibliothèques sont frappées par un tsunami et il n’y a aucun appel à la mobilisation. Le personnel est viré. Les horaires d’ouverture réduits. Des portes se ferment définitivement. Des bâtiments sont rasés. Des enfants sont abandonnées. Les générations futures sont sacrifiées.

Les bibliothèques sont la colonne vertébrale de notre système éducatif. Mais on la casse petit à petit, à coups de faillites municipales et d’immobilisme politique. En tant qu’électeurs et que contribuables, nous devons exiger que nos élus locaux fassent des bibliothèques l’une de leurs priorités. En tant que citoyens concernés, nous devons investir dans la bibliothèque au coin de notre rue afin que les enfants qui bénéficient de leur accès deviennent des adultes qui ne s’investissent pas seulement dans la vie de leur quartier, mais dans celle du monde.

Les enfants qui lisent deviennent des élèves qui réussissent à l’école. Les élèves qui réussissent à l’école vont à l’université. Les étudiants obtiennent de bons boulots et paient plus d’impôts. Les bibliothèques ne servent pas seulement aux Démocrates ou aux Républicains. Elles ne se soucient pas de classes sociales, de races ou de religions. Elles rendent service à tout le monde, peu importe la situation. Riches ou pauvres, personne n’est rejeté. Les bibliothèques ne sont pas qu’une simple composante de notre bonheur. Elles sont un véritable droit civil, les fondations sur lesquelles le rêve américain s’est bâti il y a tellement d’années. Si nous perdons nos bibliothèques, nous risquons de perdre nos communautés et nos familles. De nous perdre nous mêmes.

Traduction par Maxime Gillio. Pour lire le texte dans sa version originale, cliquez ICI.

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