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Interview de Joël Houssin

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Si je vous dis «le  Dobermann », ça vous interpelle ?

Le Dobermann est né en 1981, sous la plume de Joël HOUSSIN, aux éditions Fleuve noir dans la série Spécial-Police, série qui commençait à faiblir un peu et là c’est une révélation, à une époque où le polar est sobre et policé débarque Yann Lepentrec dit Dobermann.

Yann est un truand qui ne connait pas de règles, pas de respect aux anciens, à l’ordre, à la morale, « ni Dieu ni maître », anarchiste extrémiste, la violence avant tout, un type qui ne croit pas au système et qui décide de profiter de ses faiblesses…

L’écriture du Dobermann est une peinture au vitriol de la société, tout le monde y est pourri, bien sûr Lepentrec est loin d’être un ange, mais les flics qui le poursuivent sont pareils, la justice de la république, ils ne connaissent pas trop, pour eux ce serait plus la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, sans vous parler des politiques plus corrompus que jamais, il suffit de prendre le commissaire divisionnaire Sauveur Christini dit la Hyène, (inoubliable Tchéky Karyo dans la version cinématographique de Jan Kounen en 1997)qui ne supporte et n’aime personne, même pas ses propres collègues…Les politiques sont eux corrompus à l’extrême.

Vous l’avez compris une des force de cette série et qui a fait qu’elle a si bien marché c’est le charisme des personnages, des portraits fait par une plume trempée dans l’acide, que l’on soit du côté de la police, du mitant, des politiques, de la justice, chaque acteur est travaillé dans les moindre détails.

Et puis ce qui change aussi pour l’époque, ce sont des dialogues incisifs, de l’action omniprésente et un rythme plus qu’haletant, lorsque l’on ouvre un tome des aventures du Dobermann pas une seule seconde d’ennui.

La série compte 19 ouvrages, pour le résumé et l’extrait, j’ai choisi un de mes préféré, non pas qu’il soit le meilleur, mais c’est un de ceux dont je me souviens le plus : « Bille en tête » qui est paru en 1984, sûrement parce qu’en plus de l’action habituelle il est bourré d’humour de cynisme et que le Dob est vraiment en pétard…

Résumé du quatrième de couverture :

Faire un champion d’un boxeur manchot, braquer une partouze mondaine avec un fanatique de l’abstinence, menacer un pays entier avec des cassettes vidéos, échapper à toute une meute de vilains qui ne rêvent que de vous trouer la peau, déjouer les trahisons et les pièges, tout ça n’est pas du pain pour les âmes sensibles.

Le Dobermann s’en doutait, mais tout le monde lui conseillait de foncer dans le tas…

Bille en tête !

Morceaux choisis :

…Au dernier étage du quai des Orfèvres, dans les burlingues du Département des Enquêtes Réservées, le D.E.R., l’inspecteur David Silverberg tente une nouvelle fois de se confectionner un nœud de cravetouze convenable. C’est vraiment la chierie, ces coulantes, il songe, quand on a pas l’habitude d’en porter.

En le voyant saboulé rider, le droguet fil-à-fil sous un lardeus popeline, la liquette en soie grise, le grimpant tombant impec sur une paire d’étincelantes vernos, Clodarec laisse échapper un long sifflement.

– Ben mon pote ! il s’exclame. Tu vas à un mariage ?

– Mieux que ça, vieux, répond Silverberg, mystérieux. Beaucoup mieux que ça.

-Tu sors Miss France ?

-Tu parles, ricane l’inspecteur. Pour cette toupie, j’changerai même pas de calecif.

… (Le Dob vient de prendre une balle dans la jambe et reprend son souffle, appuyé sur une voiture. Surgit un type)

– Et ma carrosserie, patate ? Rouscaille une voix. C’est toi qui va me casquer le nettoyage, p’têtre ?

Le Dobermann frime l’ahuri qui l’interpelle, un gros balourd avec un petit clébard à poils long qui vient renifler le futal du tueur.

– C’est à vous ? demande-t-il d’une voix faible.

-Et comment ! Rugit le cave. T’es assis sur ma bagnole ! T’as pigé, banane ? Taille-toi !

Le Dobermann lève lentement son 357 Maximum.

– Vous allez me conduire, murmure-t-il. Mettez-vous au volant.

– Mais je…

– Dépêchez-vous.

Le gros, louchant sur le calibre, fouille la poche de son grimpant, en sort un trousseau de caroubles et contourne la guinde. Le p’tit clebs se met à japper. Le gros s’installe au volant et ouvre au Dob qui grimpe à l’arrière.

-Faites gaffe de pas tâcher mes sièges, gémit le balourd.

-Roulez vers la porte de Pantin, souffle le Dob. Vous prendrez le périf direction Sud…

– Et mon chien ? S’inquiète le nave.

– Si tu t’magnes pas le train, t’auras plus jamais à te soucier pour la carrosserie de ton tas de boue, connard ! Grince le Dobermann en enfonçant le canon du Maximum dans la nuque du pilote.

 

Rencontre avec l’auteur :

Sébastien MOUSSE : Bonjour Joël, tout d’abord ravi que tu acceptes de répondre à mes questions pour les lecteurs de Funéraire Info, le « Dob » fait partie des héros qui m’ont vraiment envie donné de lire. Comment il vient à l’idée de créer un héros comme Yann, souvent un auteur crée un « gentil », un type que l’on prend d’affection, dont on aimerait être à sa place…

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Joël Houssin : Pourquoi ? Tu n’as pas envie d’être à la place du Dobermann ? Dans les polars, le clivage des héros et leur destin est plutôt binaire : soit ils sont du côté de la loi et ils gagnent, soit ils sont hors la loi et ils perdent. Le Dobermann est un hors la loi qui ne perd pas.

SM : Collectionneur dans l’âme, je fais la série du Dobermann, et comme beaucoup de collectionneur, lorsque l’on rentre un livre en bel état, on le relit, ce que j’ai fait cet été, et là, j’ai trouvé non pas une ressemblance, mais comme une filiation, si je puis dire, entre le Dobermann et Kaput de Frédéric Dard, comme si Kaput avait eu un môme et qu’on le découvre quelques années ensuite…Hasard, ou Kaput faisait partie de tes lectures ?

JH : Il y a un vrai lien entre Frédéric Dard et moi. Quand j’étais môme, on m’avait envoyé en colonie de vacances. Dans le car qui nous conduisait vers une région désertée par les touristes, je lisais un San Antonio, « Les Souris ont la Peau Tendre ». Le moniteur, un nazillon aviné, m’a confisqué le livre en disant que c’était pas « de mon âge ». Quand vous interdisez quelque chose à un ado, vous créez un désir. C’est sans doute grâce à cet imbécile que je me suis mis plus tard à écrire. Qu’il en soit remercié et c’est pas tous les jours que je dis merci à un con.

SM : Bras de fer est paru en 1984, dernière aventure en date du Dob, bien sûr tu n’as cessé d’écrire depuis, roman, et surtout scénario pour le cinéma et la télévision, mais ai-je une chance un jour de lire de nouvelles aventures du Doberman ?

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JH : A priori, non, mais on ne sait jamais…

SM : Dobermann au cinéma en 1997, a été un véritable pavé dans la mare, Vincent Cassel, Tchéky Karyo , Monica Bellucci et tous les autres formidables, depuis quelques temps on parle d’un deuxième opus, alors c’est pour quand ? et surtout avec Cassel et Karyo ?

JH : La société de production américaine « Hannibal Pictures » a acheté les droits de Dobermann 2 qui s’appellera « Le Sang d’un Flic ne Sèche Jamais ». J’ai terminé le scénario récemment. Le tournage est prévu pour cette année. Il est encore trop tôt pour confirmer un casting mais Tcheky sera sûrement de la fête.

SM : Merci Joël d’avoir bien voulu m’accorder un peu de ton temps pour Funéraire Info. Si vous désirez rencontrer ce héros hors norme, sachez que le tome 1 de l’intégrale du Dobermann vient de paraitre aux éditions du Ring.

« Il y a des hommes qui naissent pour fleurir les cimetières…

D’autres pour les remplir ! »

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