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Violence d’Etat

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Je n’écris que depuis six ans, intimement persuadé, que mon « talent » (?) résidait dans la caricature à l’encre de Chine, le piano ou la pêche à la mouche. C’est un peu réducteur j’en conviens…
J’avais appris la caricature à l’école de Saul Steinberg dans les années 60-70, comprenant à longueur de pages blanches gribouillées qu’il fallait épurer l’esquisse à l’extrême, pour ne laisser que le point, le trait, une seule courbe, voire deux.
L’émotion ou le message devant s’exprimer dans cette ultime et sublime simplification.
Aujourd’hui, cette même exigence me guide dans l’écriture de mes textes qui doivent déclencher et jouer avec l’imaginaire du lecteur, car la finalité est là et là seulement.
Et puis, un soir au bord de la mer Egée, alors que le Mojito coulait à flot, j’ai décidé, sur un pari fou avec mon épouse, lassée de mes éternelles critiques, d’écrire un livre et même, une trilogie. Rien moins. Le pari d’un homme un peu fêlé je crois (grande certitude), très impliqué dans la vie sociale et surtout politique mais qui ne supportait plus ce monde ou l’ombre du prince ne donne jamais accès à la lumière, ou les petites lâchetés font les inexorables défaites dans une négligence culturelle et civile qui est un véritable poison.
Et c’est ainsi que le premier opus, TORTUGA’S BANK est né, chez JIGAL. Bonheur.
Dans cet opus, tout était déjà présent : la nostalgie, la lâcheté, la corruption, la trahison, l’amour… La fin de cet opus est volontairement très brutale et laisse le lecteur sur le carreau.
En y repensant, c’est vrai que ce n’est pas facile d’écrire. C’est laborieux, douloureux, très. C’est un chemin d’évasion, une thérapie… Je ne comprends pas d’ailleurs, comment ceux qui n’écrivent pas, peuvent échapper à leur folie. Un mystère de plus.
J’avais choisi le roman policier, qui n’est pas un genre pour moi, mais une atmosphère, où l’enquête sert de prétexte et de fil rouge et où la mièvrerie n’a pas sa place. Je voulais raconter des histoires, comme ces mythes et légendes qui hantent notre inconscient collectif, l’histoire d’un groupe d’hommes aux idéaux indéfectibles, pour certains surannés, et enfin l’histoire d’un homme cabossé, dans le désordre de sa vie…
Je voulais y exprimer un vécu, destructeur et cruel, mais aussi bienveillant, si rarement aimant, en l’enluminant parfois pour le rendre acceptable et faire vivre tout cela par des personnages, sans importance collective, ni individuelle comme disait Céline, juste ordinaires, un peu nous-mêmes, un peu autres aussi.
Tous ces personnages, sont souvent le jouet de forces qu’ils ne comprennent pas. En fait, la malédiction qui pèse sur eux n’est pas le destin de la tragédie grecque, c’est plus profond, elle les habite, les enferme, les détruit.
Le deuxième opus, FAREL, est un flash-back, censé se passer avant TORTUGA’S BANK. J’y ai dépeint une histoire noire de pédophilie, dans un contexte politique assez glauque.
Et puis en septembre 2015 est venu VIOLENCE D’ETAT… Ou l’on comprend enfin la fin brutale de TORTUGA’S BANK.
On me demande souvent : « Ou trouvez-vous vos idées ? Pourquoi la violence d’Etat ? »
Les idées je les trouve dans la vie, la presse, le web. Il suffit de tourner le bouton. Si tout est là, pourquoi vouloir réinventer la vie ? Alors je rencontre des flics, des magistrats, des psychiatres, des spécialistes d’armes…
Pourquoi la violence d’Etat ? Parce que j’ai connu la vie derrière le Rideau de Fer et que nous sommes à un tournant dans une surveillance totale de nos vies, de tous les instants, dans tous les domaines, dans une dérive sécuritaire malsaine et une perte de nos libertés fondamentales. C’est pour cela et cela seulement que j’ai écrit VIOLENCE D’ETAT. Parce que l’Etat menace nos libertés.
Dans les cercles du pouvoir, cet autre monde où la justice appartient à celui qui la paie, où les déviations et le mépris des hommes s’y exercent avec un raffinement cynique et une extrême brutalité, tout semble permis. On peut dès lors tout craindre, car n’oublions pas :
« Le grand danger pour la démocratie ne vient pas de ceux qui commettent des délits, mais de la réponse que l’Etat, apporte à ceux-ci. »

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à ce point de l’Histoire. Alors, la seule question qui vaille est :
« Doit-on vivre la liberté avec les souffrances ou le bonheur sans liberté, sans avenir, sans rêves ? »
Quand dans VIOLENCE D’ETAT je parle à travers mes personnages, de mes craintes, des goulags pas si lointains, de l’enfance souillée, de l’histoire toujours recommencée, de l’amour passionnel, de moi, je parle en fait de nous, de vous, de nos vies, si cruelles parfois, qui sont ce que nous n’avions pas prévu, infimes, négligeables au regard de l’univers, mais que nous devons vivre quand même, tel un forçat à son boulet.
Alors, j’essaie toujours de coller totalement à la réalité, dans les détails, situations ou dialogues, pour que le lecteur entre dans le labyrinthe, vive la fiction et inquiet, se prenne à tourner la tête, pour regarde derrière son épaule, car cette histoire pourrait bien être la sienne.
Je m’efforce aussi de montrer que l’Homme n’est pas manichéen, mais porteur et du noir et du blanc, et j’aime opposer par exemple la foi religieuse au crime sordide ou montrer que le pire assassin peut être, sans aucun doute aussi, un bon père de famille ou un amant attentionné.
Alors, lecteur, maintenant que tu sais tout cela, ouvre le livre, entre dans le récit et accroche toi, c’est sans doute ton histoire !

A propos de André Blanc

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