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Voici le temps des assassins

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Rimbaud avait pas les pieds plats. Personne le dit, personne en parle. Ni dans sa bio, ni dans les rapports de police. Pourtant ses cavalées pédestres à travers toute l’Europe et sa virée jusqu’en Afrique en apportent la preuve incontestable.
Mais y’a pas que ça… Rimbaud baisait de bon coeur, et à rimes rabattues, avec Verlaine, à Londres, à Bruxelles et ailleurs. Rimbaud s’arsouillait la tête à l’absinthe et tirait sur le chichon parisien. Rimbaud bouffait du curé. Rimbaud a craché dans la soupe tiède du Club des Vilains Bonshommes. Rimbaud a, peut-être, participé à l’ultime révolte parisienne de la Semaine Sanglante à Belleville et assisté en direct au massacre des derniers communards. Rimbaud s’est pris, en Belgique, une balle tirée par son amoureux. Rimbaud refourguait des fusils neufs à des tribus africaines. Rimbaud s’est pété le genou dans un de désert de cailloux. Rimbaud s’est fait coupé la jambe droite à Marseille. Sarah Bernhardt aussi, mais à Bordeaux bien plus tard et puis c’est pas le sujet. D’ailleurs Kalachnikov n’était pas né. Ni le mollah Omar. Mais lui, on s’en tape. Et Madame Jeannette, pas née non plus, forcément parce qu’elle, c’est moi qui l’ai inventée de toute pièce, la bignole. Et sa liaison secrète avec le héros communiste aussi. Tout le reste est avéré. Je le jure.
L’Histoire, la grande, est un gros sac à ragots, planqué dans une malle à misères. Et balancée dans un océan de vérités vraies. Y’a juste qu’à s’y plonger. Se servir. Et faire le tri. Me suis pas gêné, cette fois encore, à y jeter mon oeil de chineur. Et écrire avec. D’autant que « Voici le temps des assassins » clôt un poème étonnant d’Arthur, « Matinée d’ivresse ». Un éloge appuyé du vertige lyrique et de l’éblouissement des sens. C’est aussi précisément à ce moment là que le sauvageon de génie s’émancipait de la rime poétique et des pieds contraignants. Et s’apprêtait à chausser ses pompes de chasseur de mirages. À cet âge là, ma génération taillait la route en chantant des niaiseries ou s’encanaillait à la cool dans les communautés néo-rurales. Pour basculer les filles bronzées sur les bottes de foin. Et changer le monde en changeant d’air. De quoi rêver à la liberté absolue, celle qui finit toujours par encourager la tyrannie. C’était donc assez aisé d’écrire sur le sujet. Les lascars de cette histoire, la petite, sont jeunes, beaux et cons aussi. Des fois ça va ensemble. Mais pas toujours. Ça peut aussi être pire. Surtout dans les romans noirs. Parce que c’est là, bien entendu, que se révèle l’authenticité du monde. Et la noirté des âmes.
Les polardeux sont les fouille-merde officiels de la littérature contemporaine. Des limiers à la petite semaine. Des chieurs d’encre au baratin facile qui racontent leur vie en pompant celle des autres. Y’en a même qui apprécient la poésie sauvage. D’autres les fusils automatiques. J’opterai plutôt pour la première catégorie. Je laisse les flingots aux mateurs de serial killer et de psychopathes buveurs de résiné. D’ailleurs Rimbaud a jamais vendu de fusil d’assaut. C’était des vieux tromblons qui sentaient la poudre. Celle d’escampette en priorité.
Rimbaud avait pas les pieds plats. Voilà, c’est dit. Et c’est une réalité sans conteste. Il avait aussi les yeux bleu pétrole et le regard flottant. Y’a qu’à voir sa trombine barbouillée au pochoir sur les palissades urbaines. Tout ça nous fait de la belle icône en couleur. De la légende scolaire pour les livres d’histoire à boniments. Du coup, c’est bien tentant de profiter des idoles pour en faire prétexte à jeu de massacre.
« Un poète ça sent des pieds » disait Léo ferré. Sûr que c’est pas moi qui dirais le contraire. Ni l’écrirais.

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